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Les Atikamekws prêts à poursuivre leur blocus pendant plus de deux semaines

28/06/2012 02:51 EDT | Actualisé 28/08/2012 05:12 EDT

WEMOTACI, Qc - Au troisième jour de leur mobilisation, les autochtones de la nation atikamekw songent à élargir le blocus sur une voie ferrée et un chemin forestier en Haute-Mauricie.

Pour se faire entendre, ils pourraient même cibler les véhicules des résidants de la région, jusqu'alors épargnés. Pour l'heure, les manifestants empêchent l'accès aux camions transportant du bois mais laissent passer les résidants et villégiateurs.

Les Atikamekws veulent perturber les activités forestières de la région pour protester contre la société Kruger, qu'ils accusent de mener leurs activités sans leur consentement et sans consultations. Un barrage a été érigé sur la route reliant La Tuque à Wemotaci, et un autre entre les villages de Parent et Clova. Ils n'écartent pas non plus l'idée de bloquer d'autres accès empruntés par les entreprises forestières de la région.

Ils entendent poursuivre les activités de perturbation jusqu'à l'obtention de garanties de la part du gouvernement provincial. L'objectif initial est de maintenir le blocus pendant deux semaines, mais le chef du conseil de bande de Wemotaci, David Boivin, se dit prêt à poursuivre la bataille au-delà de cette première échéance.

Jeudi soir, le conseil de bande a indiqué par communiqué avoir reçu un appel du gouvernement du Québec. «Nous avons parlé au ministre des Affaires autochtones, Geoff Kelley, mais il n'avait rien à nous présenter et donnait l'impression de ne pas connaître nos enjeux», a soutenu le chef David Boivin.

Les Atikamekws réclament entre autre l'établissement d'une formule de cogestion du territoire, et veulent tirer profit des activités d'exploitation. La totalité des ressources prélevées par l'industrie forestière provient du territoire autochtone, selon M. Boivin.

La communauté de Wemotaci réclame aussi des compensations financières pour les ravages qu'ont causés les incendies de forêts de 2010 sur la réserve. M. Boivin soutient que 95 pour cent du territoire utilisé pour le bois par sa communauté a été la proie des flammes. Les habitants de Wemotaci demeurent sans réponse d'une demande présentée au gouvernement pour le remplacement de 50 000 mètres carrés de terre à bois. Le silence du gouvernement a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, souligne M. Boivin.

En point de presse mercredi, le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, disait vouloir rétablir le dialogue rapidement de façon à convaincre les leaders autochtones de lever le blocus. «Je pense qu'on peut trouver des solutions à la table», a affirmé M. Kelley, peu avant la réunion hebdomadaire du conseil des ministres à Québec.

Les exigences des manifestants sont nombreuses et fort complexes, selon le ministre Kelley. Certaines ont trait aux négociations avec le gouvernement fédéral sur les revendications territoriales, et d'autres concernent le financement d'infrastructures.

«Il y a des éléments qui entrent dans les compétences du Québec et nous sommes prêts à s'asseoir avec les communautés et avec le conseil de la nation attikamek pour voir s'il y a des choses qu'on peut régler au niveau bilatéral», a assuré M. Kelley, dont la dernière rencontre avec les leaders des communautés de Wemotaci et Obedjiwan remonte à une dizaine de jours.

La ministre responsable de la région, Julie Boulet, a pour sa part exprimé son inquiétude pour l'économie de la Haute-Mauricie. Les travailleurs «sont pris en otage» dans ce conflit, déclarait-elle mercredi. «C'est déplorable qu'on utilise de telles façons de faire, il y a des industriels, des scieries, des travailleurs qui sont en cause. Bloquer le transport de bois par la route ou par la voie ferrée, ce n'est pas une bonne façon de négocier.»

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, disait suivre d'heure en heure l'évolution de la situation, qu'il qualifiait «d'inquiétante».

«On a une inquiétude et on regarde la situation de près (...) On ne sait pas qu'est-ce qui peut se produire mais on sait qu'il y a une tension assez vive», a-t-il commenté mercredi.

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