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L'Afrique du Sud s'apprête à durcir sa législation anti-tabac

28/06/2012 02:02 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

Les plus belles plages du Cap seront-elles interdites aux fumeurs? Pas tout à fait, mais l'Afrique du Sud s'apprête en tout cas à durcir sérieusement sa législation anti-tabac dans un texte soumis jusqu'à vendredi à un débat public.

Stades, zoos, parcs, aires de pique-nique, terrasses de café: tous les espaces publics les plus fréquentés devraient devenir des zones sans fumée, si la loi est promulguée en l'état du projet jugé "extrême" et "intrusif" par ses détracteurs.

"Cela frise l'hystérie", s'indigne Leon Louw, directeur de la Free Market Fondation, qui dénonce "le fanatisme des nazis de la nicotine qui ne s'arrêteront pas tant qu'ils n'auront pas obtenu la prohibition totale".

Sur les plages, il faudra être assis à au moins 50 mètres de son prochain pour allumer une cigarette. Et tous les édifices devraient devenir 100% non fumeurs, selon le projet.

C'est la deuxième fois en cinq ans que les autorités de l'Afrique du Sud post-apartheid, bien notées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de lutte anti-tabac, veulent rendre la législation plus restrictive, alors qu'elles peinent à sévir face l'alcoolisme.

Depuis 2007, "plus personne ne fume dans les centres commerciaux", se félicite Peter Ucko, directeur du conseil national anti-tabac.

La nouvelle législation, qui pourrait être promulguée en juillet-août, "est l'étape suivante pour protéger la santé et nous pensons que cela fonctionnera", dit-il alors que les adversaires en pointent les difficultés d'application.

En dix ans, la consommation de cigarettes en Afrique du Sud a baissé de 30%, le nombre de fumeurs tombant à 16% de la population: environ 7,7 millions de personnes, principalement des hommes.

Une ruine pour les plantations de tabac du Mpumalanga (nord-est) et les fabricants dont le géant British American Tobacco, qui vend la marque la plus populaire du pays (Peter Stuyvesant) et détient 86% d'un marché grignoté par les cigarettes de contrebande.

En Afrique du Sud, le paquet le moins cher coûte 15 rands (environ 1,50 euro).

M. Louw assure que lui-même ne fume pas. Mais, dit-il, "en choisissant une question comme le tabac qui déclenche les passions, cela permet à l'Etat de franchir un pas qui l'emmène au bout du compte chez vous pour décider ce que vous devez manger, ce que vous devez acheter et peut-être avec qui vous devez coucher (rappelons-nous les heures sombres de l'apartheid passé)", tonnait-il, dans une tribune au quotidien The Star lundi.

"Avoir des zones fumeurs et d'autres non-fumeurs dans un même bâtiment, c'est comme avoir des zones pour pisseurs et non-pisseurs dans une piscine", lui a répondu le lendemain Yussuf Saloojee du Conseil national anti-tabac.

De son côté, le ministère sud-africain de la Santé indique que la consultation publique s'achevant vendredi, le gouvernement prendra ensuite le temps de l'analyse avant sa décision.

"C'est notre droit et notre devoir, comme n'importe quel pays, d'améliorer la législation", a indiqué à l'AFP un porte-parole du ministère, Fidel Hadebe.

Depuis 2007, aucune publicité pour le tabac n'est plus tolérée dans les médias, notamment à la télévision. Ce n'est pas le cas de l'alcool qui fait pourtant des lourds dégâts, l'Afrique du Sud détenant le record du nombre de cas de syndrome d'alcoolisme foetal.

Les autorités envisagent de bannir la publicité sur l'alcool, sur le modèle français, mais la réflexion a déjà plus d'un an.

Interrogé sur cette lenteur, M. Hadebe rétorque que "ce n'est pas la même chose. C'est une comparaison injuste. Pour le contrôle sur le tabac, nous avons démarré en 1994 tandis que pour l'alcool, c'est complètement nouveau".

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