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"J'en suis malade": aux Etats-Unis, se faire soigner coûte cher

28/06/2012 10:27 EDT | Actualisé 28/08/2012 05:12 EDT

"Chaque fois que je vois ce que je paye pour ma santé et celle de ma famille, j'en suis malade!", assure Fiona Grant, à propos d'un système de santé américain "en crise", qui sombre sous la paperasserie et exclut des dizaines de millions de personnes.

La réforme du président Barack Obama, que la Cour suprême a confirmée jeudi avec certaines limitations, ne crée cependant pas d'assurance maladie publique comme en Europe, et le système, même élargi, repose toujours sur le privé.

Ainsi, Fiona, mère de famille de 46 ans, estime faire partie des personnes ayant "la chance" d'avoir une bonne assurance santé.

Cela signifie que quand cette habitante de la banlieue de Washington va chez le médecin, elle ne paye "que" 10 dollars et "que" 100 quand elle est contrainte d'aller aux urgences. Si elle devait subir une opération bénigne, cela lui coûterait dans les 400 dollars, soit quelque 20% de la facture totale.

"Cela fait peur de penser à ce que cela signifierait pour mes finances si j'étais vraiment malade!", juge-t-elle, estimant à quelque 6.500 dollars par an les dépenses de santé consenties pour sa famille de deux enfants, habituellement en bonne santé.

C'est qu'aux Etats-Unis, se soigner coûte cher. Une simple visite chez un généraliste coûte dans les 150 dollars (120 euros), une visite chez un dermatologue pour une verrue dans les 200 dollars (160 euros) et une mammographie dans les 1.400 dollars (1.120 euros).

Un simple médicament, qui ne coûterait que quelques euros en Europe, est couramment vendu dix ou vingt fois plus cher outre-Atlantique.

Dans une pharmacie proche de Washington, une dame d'origine chinoise récemment arrivée aux Etats-Unis raconte sa surprise la première fois qu'elle a acheté des gouttes pour les oreilles. "La pharmacienne me dit: 'un trente-sept'. Je sors donc un dollar et trent-sept cents. Elle me regarde d'un drôle d'air et me dit: 'non Madame, c'est cent trente-sept dollars".

Faute d'une seule caisse d'assurance maladie publique, les médecins négocient en permanence leurs tarifs avec une pléthore de caisses privées. La première question posée lors d'une demande de rendez-vous est: "quelle est votre assurance?"

Résultat, la paperasserie envahit tout. Sur le site Remapping Debate, un groupe de journalistes indépendants a dénombré 300 employés travaillant dans les services de facturation d'un hôpital du Massachusetts, contre seulement trois dans un hôpital similaire à Toronto, au Canada.

"Notre système de santé est motivé par des questions d'intérêts financiers plus que par la volonté d'aider les personnes à rester en bonne santé et à se soigner", juge Heidi Mordhorst, institutrice dans un comté limitrophe de la capitale américaine. Heidi, 48 ans, relaye le cas d'un enfant de 12 ans mort à la suite d'une infection dentaire non soignée à temps, les parents ne pouvant payer une simple visite chez le dentiste.

Pourtant, les Etats-Unis dépensent en santé une part conséquente de leur PIB (16,2%, contre 11,7% pour la France), soit quelque 7.400 dollars par habitant, selon des données de l'OMS (2009).

Mais apparemment, cela ne suffit pas pour avoir un bon système de santé. Toujours selon l'OMS, la France est en tête des pays fournissant les meilleurs soins de santé généraux. Les Etats-Unis n'arrivent qu'au 37e rang mondial.

"Il y a une crise dans ce pays que personne ne semble voir", lance Stan Brock, fondateur et directeur bénévole de l'organisation Remote Area Medical (RAM). A l'aide de cliniques mobiles, son association vient en aide aux millions de personnes qui n'ont pas d'assurance santé (près de 50 millions selon le bureau du recensement) ou qui ne sont pas bien couverts.

"Si ceux qui ont le pouvoir de changer les choses voyaient ce que nous faisons, ils réaliseraient la gravité de la crise", insiste-t-il. "Ce sont surtout des personnes de la classe moyenne, qui ont besoin de soins dentaires, d'une paire de lunettes ou d'une simple visite de routine chez le médecin qui viennent nous voir", explique-t-il.

sf/bar

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