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Nord du Mali: combats touareg/islamistes à Gao, population prise en étau

27/06/2012 09:16 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

Des affrontements entre rebelles touareg et islamistes se déroulaient mercredi à Gao, dans le nord du Mali contrôlé depuis bientôt trois mois par des groupes armés aux objectifs divergents et dont les premières victimes sont les habitants exaspérés qui subissent leur loi.

Les combats à l'arme lourde entre membres de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et islamistes du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) ont éclaté mercredi matin dans au moins deux quartiers de Gao.

"Ca se passe non loin du gouvernorat de la ville (tenu par le MNLA), les combattants des deux mouvements se tirent dessus à l'arme lourde", a affirmé à l'AFP le propriétaire de la station-essence proche du gouvernorat, information confirmée par d'autres témoins.

"On entend des coups de feu, les combattants du Mujao et du MNLA se tirent dessus, on a peur", a ainsi déclaré Nina Oumarou, soeur d'un élu de la ville assassiné lundi soir par des hommes armés.

Selon elle, des combattants du Mujao se sont dirigés vers un camp de la ville tenu par les combattants du MNLA, dans le quartier du "Château d'eau".

Les tirs se poursuivaient à la mi-journée, selon des témoins, et le MNLA et le Mujao ont reçu du renfort.

Ces affrontements surviennent au lendemain de violentes manifestations à Gao d'habitants indignés par l'assassinat lundi du conseiller municipal Idrissa Oumarou, enseignant et membre du parti du président malien de transition, Dioncounda Traoré.

Des hommes armés ont tiré sur des centaines de manifestants, faisant au moins un mort et une dizaine de blessés.

Des manifestants ont accusé le MNLA d'avoir ouvert le feu sur la foule, ce que ce mouvement a catégoriquement démenti, parlant d'une "manipulation" du Mujao.

Le Mujao, considéré comme un mouvement dissident d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a annoncé l'arrestation de deux personnes accusées d'avoir tué M. Oumarou, sans préciser s'ils étaient membres du MNLA ou non.

Depuis fin mars/début avril, les villes et régions administratives du nord du Mali --Tombouctou, Kidal et Gao-- sont tombées aux mains des groupes armés islamistes que sont le Mujao et Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), soutenus par Aqmi, du MNLA et de divers autres groupes criminels.

Cette chute de plus de la moitié du territoire malien a été précipitée par un coup d'Etat qui, le 22 mars, a renversé le président Amadou Toumani Touré.

Depuis, l'armée malienne en pleine décomposition, est incapable de reprendre le terrain perdu et les autorités de transition mises en place à Bamako après le retrait des putschistes du pouvoir le 6 avril paraissent impuissantes.

La tension est vive entre le MNLA, mouvement laïque qui a déclaré unilatéralement l'indépendance du nord du Mali, et les islamistes dont l'objectif proclamé n'est pas l'indépendance du Nord, mais l'application de la charia (loi islamique) dans tout le Mali.

Le MNLA a été marginalisé dans plusieurs localités, en particulier à Tombouctou contrôlée par Ansar Dine qui y impose déjà la charia, distribuant des coups de fouet aux "déviants" que sont, selon ce mouvement, les couples non mariés, les fumeurs ou les buveurs d'alcool.

En mai à Gao, des membres du Mujao avaient empêché des jeunes de jouer au football et de regarder la télévision, provoquant de violentes manifestations anti-islamistes, qui avaient été réprimées, faisant au moins cinq blessés.

L'occupation du Nord et les violences qui y sont commises, entraînant des pénuries de toutes sortes, a provoqué un afflux de déplacés et de réfugiés dans les pays voisins évalués à quelque 300.000 personnes par les ONG qui parlent de situation "alarmante".

Des pourparlers avec Ansar Dine et le MNLA ont lieu à Ouagadougou à l'initiative du président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne, sans résultats probants pour l'instant.

Les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest de la Cédéao) doivent à nouveau se réunir vendredi à Yamoussoukro pour discuter de l'envoi d'une force armée au Mali, soumis à une demande formelle des autorités de transition de Bamako.

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