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Le parquet général a requis 5 années de prison à l'encontre de Jérôme Kerviel

27/06/2012 12:33 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

PARIS - Le parquet général a requis mercredi une peine de cinq années de prison ferme à l'encontre de l'ancien courtier Jérôme Kerviel, rejugé devant la cour d'appel de Paris depuis début juin. Il est accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société générale en 2008 en masquant ses positions — jusqu'à 50 milliards — par des faux.

L'avocat général Dominique Gaillardot, s'il n'a pas à se prononcer sur les intérêts civils, a tout de même rappelé que «la jurisprudence actuelle imposait le remboursement de la totalité du préjudice», soit 4,9 milliards d'euros. Mais il a estimé qu'il s'en rapportait à la cour «pour ne pas exclure une éventuelle évolution».

Lundi, la Société générale avait demandé le remboursement de ce préjudice. Elle l'avait obtenu du tribunal correctionnel de Paris.

L'avocat général a requis une peine plus lourde que le procureur ne l'avait fait en 2010: cinq ans de prison dont quatre ferme avaient été demandés pour une condamnation, au final de cinq ans dont trois ferme.

M. Gaillardot a affirmé que Jérôme Kerviel «n'était pas le petit opérateur face au système financier car il y particip(ait) pleinement». «Les opérateurs ne sont pas extérieurs, ils sont au centre. Jérôme Kerviel est un élément plein et entier de ce système, il en connaît les avantages mais aussi les failles et les faiblesses», a-t-il ajouté.

Employant des termes durs comme «perversité», «duplicité» ou «manipulateur», l'avocat général a considéré que l'ancien opérateur de marché «n'est ni un génie de l'informatique ni l'inventeur d'un procédé de fraude, il est juste un courtier qui s'est servi des failles du système».

Le ministère public a expliqué que Jérôme Kerviel «avait utilisé un savoir-faire permanent (pour) échapper aux contrôles» de la banque. «Il fait prendre un risque (à la Société générale) et il le dissimule, que ce soit des gains ou des pertes», a-t-il poursuivi.

L'ancien opérateur de marché, 35 ans, est accusé d'avoir pris jusqu'à 50 milliards d'euros de positions, en janvier 2008, en cachant des positions, de plus en plus élevées, par des faux courriels. «Tous les jours, il fonce dans le mur et il accélère», a ajouté l'avocat général.

Depuis le début de l'audience, M. Kerviel dénonce une «manipulation» de sa hiérarchie qui était au courant et l'aurait «encouragé». Là encore, Dominique Gaillardot l'a étrillé: «Les carences de la Société générale n'en font ni un complice ni un coauteur.» Pour l'avocat général, «la dimension psychologique» de ce dossier «en est la clé».

Me David Koubbi, l'avocat de l'ancien courtier, n'a pas voulu répondre aux questions de la presse en sortant de la salle d'audience. Jean Veil, son contradicteur de la banque, s'est, lui, félicité de constater que l'avocat général «exprimait ce que la Société générale dit elle-même depuis 2008».

En première instance, Jérôme Kerviel a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme, pour «abus de confiance», «introduction frauduleuse de données», ainsi que «faux et usage de faux» par le tribunal correctionnel de Paris en octobre 2010.

Le procès se termine jeudi par les plaidoiries de la défense. La décision sera mise en délibéré.

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