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La parité permet aux femmes d'entrer en force à l'Assemblée nationale du Sénégal

27/06/2012 06:31 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

L'Assemblée nationale sénégalaise, issue des législatives du 1er juillet, sera marquée par une forte présence féminine grâce à une loi sur la parité homme-femme saluée comme "moderne" par les organisations de femmes, mais jugée "injuste et anti-démocratique" par ses détracteurs.

Une loi adoptée en mai 2010 à l'initiative de l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade (2000-2012) instaure la parité absolue homme-femme dans toutes les institutions, totalement ou partiellement électives.

Ce texte sera appliqué pour la première fois lors des élections législatives de dimanche pour renouveler les 150 députés sénégalais.

La parité "va porter notre pays au rang des nations les plus en phase avec la modernité et la gouvernance démocratique. On ne peut pas parler de démocratie si les deux composantes essentielles de la société, les hommes et les femmes, ne sont pas partie prenante du processus", affirme Fatou Sow Sarr, directrice du "laboratoire genre" d'un institut de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

L'Assemblée nationale sortante compte 33 femmes sur 150 députés, soit 22% dans un pays musulman où les femmes sont majoritaires (52%), mais sous-représentées dans les institutions.

Une seule femme, Mame Madior Boye, a été Premier ministre, de mars 2001 à novembre 2002, depuis l'indépendance en 1960 du pays, ancienne colonie française.

La parité va refermer, selon Mme Sarr, "une parenthèse d'exclusion des femmes liée à la colonisation française. La France ne reconnaissait pas aux femmes le droit d'être éligibles et électrices. Elle nous l'a imposé alors que, dans toute notre histoire, les femmes ont joué un rôle fondamental dans l'espace politique".

Elle rappelle l'histoire du Walo, royaume du Nord du Sénégal dirigé par une femme, Ndatté Yalla Mbodj, au moment de sa conquête par la France en 1855.

Toutefois, Mbaye Niang, imam et député, juge la loi sur la parité "injuste et anti-démocratique". "Des femmes sont investies parce qu'elles sont femmes et non par leur mérite. Tous les partis ont eu des problèmes dans l'élaboration des listes (pour les législatives). Il n'y a pas beaucoup de femmes (instruites) à la base", affirme-t-il.

Selon Aliou Ndiaye, un responsable du Forum civil - section sénégalaise de Transparency international - la parité au Sénégal est née de "la rencontre de deux opportunismes: des femmes influentes l'ont négociée avec un politicien retors (Wade), qui l'a saisie pour en faire l'emblème de son pouvoir (...) et pour gêner les listes concurrentes" de l'opposition.

Quant au professeur de droit Ismaïla Madior Fall, il se déclare davantage favorable à "la libération des femmes au sens global que pour la parité au niveau institutionnel". "Dans les pays où on est passé par les quotas (comme au Rwanda qui compte 56% de femmes députées grâce à un quota de 25 femmes d'office sur 80 députés), on est parvenu à faire avancer plus efficacement et plus vite la représentativité des femmes", souligne-t-il.

Pour Mme Sarr, la parité va permettre "de porter des questions de société qui vont jouer sur le développement économique et global. Le jour où les femmes seront massivement présentes à l'Assemblée nationale, elles pourront y porter leurs préoccupations".

Aliou Ndiaye estime cependant que "plusieurs étapes ont été grillées dans la maturation de l'idée sur la parité. Le danger est de croire que tout est réglé".

mrb/stb

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