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La dette s'allège et l'avenir se dégage pour l'économie ivoirienne

27/06/2012 11:07 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

La Côte d'Ivoire voit ses perspectives se dégager grâce à un allègement, longtemps espéré, de sa dette extérieure de plus de 4 milliards de dollars, même si beaucoup reste à faire pour redresser une économie éprouvée par des années d'instabilité politique.

La Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) ont approuvé mardi un allègement de la dette de la Côte d'Ivoire de 4,4 milliards de dollars: 3,1 milliards au titre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et 1,3 milliard au titre d'un mécanisme complémentaire, l'IADM.

Cette importante réduction - 24% de la dette extérieure grâce au seul programme PPTE - est une "grande et très bonne nouvelle", s'est réjoui mercredi le Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio, saluant "une véritable bouffée d'oxygène" propice à la reconstruction.

Elle intervient plus d'un an après la fin d'une crise politico-militaire (décembre 2010-avril 2011) aux quelque 3.000 morts, épilogue d'une décennie de tourmente qui a abîmé la première économie d'Afrique de l'Ouest francophone.

Pour y arriver, le gouvernement du président Alassane Ouattara, ex-responsable du FMI très impliqué dans ce dossier, a dû notamment mettre de l'ordre dans ses finances et engager une réforme de la filière cacao, dont le pays est le premier producteur mondial.

Même si le service de la dette va rester pour quelque temps un fardeau, le pays a d'ores et déjà des motifs de satisfaction.

Il pourra en effet de nouveau emprunter et la France, premier partenaire économique (hors pétrole), attendait ce signal pour enclencher un grand chantier, le "contrat désendettement-développement" (C2D). Il s'agit, sur 15-20 ans, de transformer la dette ivoirienne restante envers Paris - plus de deux milliards d'euros - en dons pour des projets de développement.

Selon une source proche du dossier, le C2D devrait démarrer fin 2012 avec 400 milliards FCFA (600 millions EUR) devant être injectés dans les infrastructures, l'agriculture, l'éducation ou l'emploi.

L'allègement de dette est "une étape importante, avec la perspective d'être un pays émergent dans les années 2020", a affirmé le président Ouattara, promettant des "investissements accrus dans les secteurs sociaux".

Il "va permettre au pays de reprendre le processus de développement", confirme Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d'industrie ivoirienne (CCI), interrogé par l'AFP.

La pauvreté touche plus de la moitié des quelque 22 millions d'habitants et, après des années de déclin, le pays a une école en lambeaux, des routes à refaire ou encore une production d'électricité très inférieure aux besoins.

L'un des grands défis est de maintenir une croissance économique soutenue: certaines prévisions tablent sur 5-6% en 2013, contre plus de 8% de prévu en 2012 (après -5% en 2011, crise oblige). Ce serait quand même une solide performance en plein repli mondial, mais loin de la croissance à deux chiffres escomptée.

Pour attirer les investisseurs du secteur des mines ou de l'agro-alimentaire et doper sa croissance, "la Côte d'Ivoire doit finaliser son code minier et rouvrir le dossier du foncier", alors que la question des terres est socialement explosive, estime un expert.

Enfin, si M. Ouattara s'est fait le chantre de la "bonne gouvernance", dans les milieux économiques et diplomatiques beaucoup se disent effarés par la corruption dans certains cercles de pouvoir, qui découragerait des bonnes volontés déjà échaudées par une situation sécuritaire encore fragile.

"Certes, les investisseurs affluent dans les hôtels à Abidjan. Mais la plupart repartent sans avoir signé de contrat", souligne un opérateur économique. "La confiance n'est pas encore là", résume un banquier.

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