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Joie mêlée d'amertume pour les expulsés sud-soudanais de retour d'Israël

27/06/2012 02:31 EDT | Actualisé 26/08/2012 05:12 EDT

Au pied de l'escalier descendant de l'avion qui vient d'atterrir à Juba en provenance d'Israël, d'où elle a été expulsée, Victoria Jozef, les joues mouillées de larmes, tombe à genoux pour embrasser le sol d'un tout jeune pays, un an à peine, qu'elle voit pour la première fois.

Comme pour nombre des quelque 150 passagers du deuxième avion de Soudanais du Sud renvoyés chez eux mardi par Israël, la joie de Victoria Jozef, de retour dans une patrie indépendante depuis juillet 2011, que beaucoup ont quittée au cours des décennies de guerre civile entre le Sud et le Nord du Soudan, est teintée d'amertume.

"Je suis née à Juba et je m'y suis mariée avant de partir pour Israël. Je suis heureuse et c'est pour ça que je pleure", explique-t-elle entre deux sanglots.

Les responsables sud-soudanais entretiennent avec Israël de bonnes relations, qui remontent à l'époque de leur guerre civile contre le gouvernement de Khartoum dominé par des Arabes musulmans. Le Soudan du Sud, à majorité chrétienne et noire, a proclamé son indépendance le 9 juillet 2011.

Mais les sentiments de ceux qui rentrent et foulent pour la première fois le sol du Soudan du Sud indépendant sont souvent contradictoires.

Victoria Jozef, comme nombre de ses compatriotes, affirme ne pas avoir choisi "le rapatriement volontaire" décrit par les gouvernements israélien et sud-soudanais.

"On nous a contraints à rentrer. Nous avons tous été arrêtés et mis en prison, moi et mes enfants", explique-t-elle, ajoutant être sans nouvelles de l'un d'eux, handicapé mental et resté là-bas.

"Chaque année, durant quatre ans, on nous demandait de renouveler nos visas, je ne comprends pas" pourquoi on nous expulse, poursuit-elle.

En costumes chics ou en jeans à la mode et chaînes clinquantes au cou, des écouteurs aux oreilles et des ordinateurs à la main, les expulsés découvrent avec appréhension un paysage nu et désolé.

L'un d'eux erre un peu perdu, vêtu d'un tee-shirt proclamant "I love Jerusalem".

Certains ramènent d'imposants téléviseurs à écran plat dans un pays où l'électricité vient essentiellement de générateurs. Des mères poussent des poussettes design vers une capitale dont de nombreuses rues sont en terre ou remplies de nids de poule.

"Cela fait longtemps que j'étais hors du pays (...) Je ne sais pas exactement ce qui se passe ici", admet Cris Lori. Mais peu importe son appréhension. Il n'a pas eu le choix, dit-il.

"Ils ont commencé avec des rapatriements volontaires, puis des détentions et des expulsions", assure-t-il.

"La plupart des familles en Israël ont perdu leurs économies. Ils n'ont pas pu récupérer leur argent dans les banques," affirme Victoria Jozef.

Aguek Deng Achuil avait choisi de partir, mais il a tout de même été arrêté avec 25 de ses compatriotes, comme en témoigne le papier de la police israélienne qu'il brandit. Après huit jours en prison, il a été mis dans l'avion et a dû abandonner ses biens qu'il prévoyait de ramener avec lui.

"Les services d'immigration m'ont dit: +on veut attraper tous les Sud-Soudanais qui sont en Israël", raconte-t-il. "Les Israéliens disent +nous n'avons pas besoin des Sud-Soudanais+. Ils disent que nous sommes un cancer (...) et disent +nous n'avons pas besoin des Noirs+".

Désormais, Achuil se dit "prêt à faire n'importe quel travail pour développer (son) pays comme Israël".

"C'est important pour eux de rentrer à la maison pour développer leur pays", explique Allison Barnabas, directeur des situations d'urgence au ministère des Affaires humanitaires. "Même moi, j'étais dans la diaspora. Je suis rentrée et maintenant je travaille pour le gouvernement pour développer notre pays."

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