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Ethiopie: 24 personnes dont un journaliste coupables de "terrorisme" (juge)

27/06/2012 07:34 EDT | Actualisé 27/08/2012 05:12 EDT

La justice éthiopienne a reconnu mercredi "coupables" d'activités terroristes 24 personnes, dont un célèbre journaliste, Eskinder Nega, et deux membres de l'opposition, Andualem Arage et Nathnael Mekonnen.

"Coupables des charges retenues contre eux," a déclaré le juge Endeshaw Adane en lisant le verdict. Tous risquent la mort, mais l'accusation a requis la perpétuité. Les peines seront prononcées ultérieurement.

Huit des accusés étaient présents devant le tribunal, à Addis Abeba. Les 16 autres ont été jugés par contumace.

Plusieurs charges avaient été retenues contre les accusés, notamment celle de lien avec des groupes qualifiés de terroristes par Addis -- "Ginbot 7", basé aux Etats-Unis, ou encore le Front national de libération de l'Ogaden (ONLF), qui veut l'indépendance de l'Ogaden, région du sud-est éthiopien à majorité somali.

L'accusation reprochait aussi aux 24 personnes d'avoir envoyé des hommes en Erythrée, l'ennemi héréditaire de l'Ethiopie, pour y suivre une "préparation à des actes terroristes".

M. Eskinder et l'un des opposants, Andualem Arage, ont en particulier été reconnus coupables de "participation à une organisation terroriste", de "planification, préparation, complot, incitation et tentative d'acte terroriste". Ils étaient accusés d'avoir commenté le printemps arabe dans les médias pour promouvoir des manifestations contre le gouvernement éthiopien.

Le juge a notamment estimé que le journaliste avait abusé de son droit à la liberté d'expression et l'a accusé d'avoir menacé la sécurité nationale. "La liberté d'expression peut avoir des limites quand elle est utilisée pour saper la sécurité et qu'elle sert pas l'intérêt public," a-t-il estimé.

Le journaliste a demandé mercredi à être entendu par le tribunal. "Vous devez nous laissez dire ce que nous voulons (...) Vous n'avez aucun droit de limiter notre liberté d'expression," a-t-il martelé.

M. Andualem a aussi cherché à s'exprimer, avant d'être interrompu par le juge qui lui a reproché de ne pas respecter les procédures.

"J'ai lutté pacifiquement pour la démocratie, je n'ai jamais manqué de respect à personne ni commis aucun crime," a eu le temps de dire l'accusé. "J'ai la conscience tranquille."

Cinq des accusés, dont MM. Eskinder et Andualem, doivent de nouveau comparaître le 13 juillet pour présenter leurs circonstances atténuantes et eux-mêmes formuler des propositions de peines.

Mercredi, la salle d'audience était remplie de membres des familles des accusés, de journalistes et de diplomates, dont l'ambassadeur américain, Donald Booth.

M. Eskinder avait déjà été condamné à de la prison en 2005, à la suite d'élections nationales. Il avait été reconnu coupable de trahison, aux côtés de sa femme qui avait accouché de leur fils en prison.

Ils avaient tous les deux été libérés en 2007, à la condition de ne plus exercer leur métier de journalistes, une injonction que M. Eskinder, resté une voix critique du gouvernement, n'a pas suivie.

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