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En Inde, fini de rire pour une thérapie par le rire?

26/06/2012 10:43 EDT | Actualisé 26/08/2012 05:12 EDT
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MUMBAI, Inde - Depuis une semaine, les rires autour de l'étang de Sheetal Talao, dans la banlieue de Mumbai en Inde, sont plus discrets. Le 18 juin, un tribunal de la ville a demandé à la police d'agir après la plainte d'un voisin qui ne supportait plus les thérapies par le rire qui se déroulaient sous ses fenêtres.

Vinayak Shirsat a affirmé que la séance matinale de rire faisait subir à sa famille une «douleur mentale atroce» et qu'elle constituait un «trouble à l'ordre public», selon l'agence Press Trust of India.

Depuis, les membres de l'association Sheetal Jogging, qui se rassemblent autour de l'étang depuis trois ans pour rire, chanter et faire un peu d'exercice, tentent de contenir leur hilarité. «Personne ne rit maintenant», a expliqué l'un d'entre eux, Badruddin Khan.

Sheetal Talao n'est pas un étang très agréable. L'eau est basse et répugnante. Mais c'est le seul terrain vague dans ce quartier fortement urbanisé de la banlieue nord de la capitale indienne.

«Nous n'avons que cet espace. Où pouvons-nous aller?», se demande Prabhakar Naidu, 45 ans, qui parvient désormais à monter des escaliers sans s'essouffler grâce à la thérapie du rire.

Avant que la police et la justice ne soient appelées à la rescousse, une dizaine de membres du groupe se rassemblaient vers 7 h du matin pour chanter des chants religieux, avant d'applaudir pendant sept minutes. Puis ils riaient pendant deux minutes.

Selon Kamal Ahmad Khan, un médecin âgé de 60 ans, le rire apporte paix et bonne santé. «Si on rit, l'esprit s'apaise», dit-il.

Le premier club de thérapie par le rire à Mumbai aurait été créé dans les années 1990. Cette thérapie est basée sur l'idée que le rire, qu'il soit spontané ou pas, apporte des bienfaits psychologiques et physiologiques.

Mardi matin, les membres de l'association ont tenté de rire en chuchotant. Ils ont tenu un coussin dans leurs mains pour applaudir. Et ils ont timidement rendu hommage à leurs Dieux.

Certains jours, ils ne rient plus du tout. «Les gens ont peur. Le plaignant vient d'une famille d'avocats», selon Prabhakar Naidu. «Nous avons tenté de mener une médiation, mais il n'est pas intéressé. Il nous dit qu'on se verra au tribunal.»

Vinayak Shirsat a refusé de s'exprimer sur cette affaire. «Nous ne sommes pas intéressés car l'affaire est devant la justice», a-t-il déclaré d'une voix douce derrière le grand portail de sa maison.

D'autres voisins sont plus tolérants. «Cela ne m'ennuyait pas», a déclaré Flory Rufus Leitao, 50 ans. «Ils ne criaient pas».

Manjula Raut, 68 ans, a rejoint le groupe après une opération du coeur. «Je n'arrivais pas à marcher correctement au début. Maintenant, je me sens bien. Je viens tous les jours.»

L'inspecteur de police Neelkanth Shivali a précisé qu'il avait demandé au groupe «de faire moins de bruit», refusant d'en dire davantage sur une affaire en cours.

La prochaine audience sur cette affaire est prévue jeudi. Certains membres vont défendre leur droit au rire, d'autres non.

«Nous venons ici pour notre santé et la paix mentale», a souligné Ranjana Agarwal, 70 ans et atteint d'un cancer. «Si nous entrons dans un combat, cela n'a plus d'intérêt de venir.»