OTTAWA - Est-ce que Barack Obama a dilapidé l'amour du Canada?

La réponse est un «oui» retentissant, selon un article publié par une des principales publications américaines de relations étrangères.

«How Obama Lost Canada» (Comment Obama a perdu le Canada) est publié en ligne par «Foreign Affairs», une revue du Council on Foreign Relations, influent groupe de recherche de Washington.

L'article énumère une série de problèmes que les auteurs déposent aux pieds du président Obama, y compris les délais dans le projet d'oléoduc Keystone XL, les clauses protectionnistes du «Buy American», et même l'absence de considération pour la contribution militaire canadienne en Libye et en Afghanistan.

Conséquemment, les États-Unis ont blessé le Canada, laissant les relations entre les deux pays à leur point «le plus bas des dernières décennies», écrivent Derek Burney, un ancien diplomate canadien qui a déjà été ambassadeur aux États-Unis, et Fen Hampson, un expert de la politique étrangère à l'université Carleton, d'Ottawa.

Ils ne sont pas les premiers à y aller d'une analyse du genre. Mais sa diffusion par une publication aussi respectée à quelques mois seulement de l'élection présidentielle américaine servira de munitions aux républicains, qui s'en prennent au leadership de M. Obama en cette période de ralentissement économique. Le Canada et les États-Unis sont le principal partenaire économique l'un de l'autre.

L'article offre un contre-argument de poids aux sondages qui démontrent systématiquement que M. Obama est plus populaire au Canada que dans son propre pays.

«Qu'il s'agisse de commerce, d'environnement ou de la contribution du Canada dans des régions comme l'Afghanistan, encore et encore les États-Unis ont manqué de respect envers leur voisin du Nord, affirme les auteurs. Si cette tendance à la négligence se poursuit, Ottawa sera de moins en moins intéressé à collaborer avec Washington.»

L'article rappelle l'importance accordée par le premier ministre Stephen Harper au développement de liens commerciaux avec la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et d'autres pays d'Asie. Il souligne aussi que M. Harper, lors d'une récente visite en Chine, a déclaré que le Canada vendra «son énergie à ceux qui voudront l'acheter».

Il avait fait ce commentaire dans la foulée d'un nouveau délai imposé au projet d'oléoduc Keystone XL, qui doit acheminer le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta vers des raffineries américaines du golfe du Mexique.

Les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont totalisé 681 milliards $ l'an dernier, et sont responsables de huit millions d'emplois aux États-Unis. La récession américaine et la montée asiatique commencent toutefois à avoir un impact: 68 pour cent des exportations canadiennes sont parties vers les États-Unis en 2010, contre 85 pour cent en 2000.

L'article rappelle ensuite que les États-Unis ont exigé du Canada des concessions au chapitre des subventions agricoles afin de participer au Partenariat transpacifique, tout en préservant leurs propres subventions agricoles; que Washington a refilé à Ottawa la totalité de la facture pour la construction d'un nouveau pont entre Windsor et Détroit; et qu'en 2010, les États-Unis ont appuyé la candidature du Portugal plutôt que celle du Canada, au moment où les deux pays briguaient un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

MM. Burney et Hampson dénoncent également que les sacrifices consentis par l'armée canadienne en Afghanistan — plus de 150 morts et des milliards de dollars dépensés — n'ont pas valu au Canada le respect des dirigeants américains.

«Le Canada n'a aucun intérêt réel en Afghanistan ou en Libye, écrivent les deux auteurs. Sa participation dans ces pays, proportionnellement plus importante que celle de n'importe quel autre allié, visait principalement à renforcer le partenariat avec les États-Unis, selon une théorie voulant que des engagements solides et multilatéraux généreraient des relations bilatérales plus productives. Cela n'a pas été le cas.»