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Egypte: Washington entre soulagement et inquiétude après l'élection de Morsi

26/06/2012 10:33 EDT | Actualisé 26/08/2012 05:12 EDT

Les Etats-Unis abordent avec prudence l'élection du nouveau président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, soulagés par ses promesses d'unité nationale mais craignant que les relations avec cet Etat arabe clé soient plus compliquées qu'auparavant.

Avec 51,73% des voix, Mohamed Morsi a battu dimanche le candidat des militaires, Ahmad Chafiq, et est devenu le premier président démocratiquement élu depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.

Le nouveau chef de l'Etat est issu de la confrérie des Frères musulmans. Malgré tout, son élection soulage l'administration américaine qui craignait que la puissante armée égyptienne refuse le résultat du scrutin et provoque un coup d'Etat, aux conséquences imprévisibles dans la poudrière arabe.

M. Morsi a rassuré les Etats-Unis dès son élection, promettant d'être le président de tous les Egyptiens --10% de la population est chrétienne-- et de respecter le traité de paix avec Israël.

"Il a souvent tenu des propos positifs en privé, puis on a commencé à l'entendre répéter certains de ces propos en public", a noté devant la presse la porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland. "Maintenant qu'il est élu, il va devoir transformer ses promesses en actes".

Les Etats-Unis ont soutenu Hosni Moubarak durant ses 30 ans de règne mais certains analystes estiment que, désormais, ils auront à travailler avec différents centres de pouvoir, dont l'armée, qui devrait limiter la marge de manoeuvre de M. Morsi.

Le président Barack Obama s'est entretenu par téléphone dimanche avec son nouvel homologue égyptien et a promis de travailler avec lui "sur la base du respect mutuel". Il a aussi appelé le perdant, Ahmad Chafiq, le priant de respecter le processus démocratique.

Mais comme depuis le début du Printemps arabe, M. Obama a préféré ne pas trop faire entendre sa voix pour éviter l'accusation d'ingérence.

En coulisses, son administration n'en reste pas moins active. Le secrétaire à la Défense Leon Panetta a téléphoné au chef de l'armée égyptienne à deux reprises pour l'encourager à respecter le déroulement des élections, selon le porte-parole du Pentagone George Little.

"L'administration Obama est restée discrète sur ce qu'elle a dit ou n'a pas dit, et je pense que c'était sage de sa part", souligne Brian Katulis, du centre de réflexion Center for American Progress.

L'analyste estime que les relations avec l'Egypte pourraient évoluer dans la même direction que celles avec la Turquie, où le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est de culture islamiste mais a travaillé avec les Etats-Unis sur des dossiers comme l'Irak, l'Afghanistan ou la Syrie.

L'administration Obama a fait plusieurs fois pression sur l'Egypte depuis la chute de M. Moubarak, y compris lorsqu'elle a réclamé des autorités par intérim de relâcher 13 membres d'ONG étrangers dont six Américains. Et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a également vivement critiqué les responsables militaires concernant le traitement des femmes dans le pays, après la diffusion d'une vidéo montrant des soldats en train de frapper une manifestante voilée.

Les Etats-Unis ont néanmoins choisi en mars de reprendre l'aide militaire à l'Egypte, à hauteur de 1,3 milliard de dollars par an.

Plusieurs élus du Congrès ont affirmé leur volonté de travailler avec Mohamed Morsi, dont l'ex-candidat républicain à la présidentielle John McCain. Mais Allen West, du mouvement ultra-conservateur du "tea party", a en revanche critiqué M. Obama pour "la prise de pouvoir des Frères musulmans", écrivant sur sa page Facebook: "Il est clair que le Printemps arabe n'est rien d'autre qu'un cauchemar de l'islamisme radical".

sct/sam/bar

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