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Des vestiges détruits pour ériger des tours de luxe à Beyrouth

26/06/2012 01:33 EDT | Actualisé 26/08/2012 05:12 EDT

Des vestiges considérés par des archéologues comme un chantier naval phénicien ont été détruits mardi à Beyrouth au profit d'un projet immobilier, le ministre de la Culture soutenant que le site n'avait aucune valeur historique.

La destruction a provoqué un tollé parmi des archéologues et des militants de la préservation du patrimoine qui étaient mobilisés depuis plusieurs mois contre le projet immobilier.

"Je suis dégoûtée, je ne comprends pas comment un site de 3.000 ans peut être pulvérisé en une heure et demie", a dénoncé l'archéologue Martine Francis.

Selon elle, ce site, situé à Minet el-Hosn dans le centre-ville de Beyrouth, abritait des cales à bateaux phéniciennes datent du 5e ou 6e siècle avant JC. et qui n'ont d'équivalent que le port phénicien de Dor à Jaffa (Israël).

L'ancien ministre de la Culture Sélim Wardy avait proposé de transformer les 1.100 mètres carrés du site en parc archéologique et de modifier l'emplacement de l'une des trois tours prévues par le projet privé.

Mais son successeur, Gaby Layyoun, a finalement autorisé la destruction du site après les conclusions d'un comité scientifique composé d'archéologues libanais secondés par des experts internationaux.

"Les résultats montrent que le site n'a aucune importance et qu'il n'a aucun rapport avec des cales phéniciennes", a déclaré à l'AFP M. Layyoun, estimant que l'étude menée sous le précédent ministre était erronée.

"On ne peut en aucun cas les attribuer à des cales sèches, ce n'est qu'une carrière ancienne", a-t-il insisté.

"C'est un site unique en son genre, il a été détruit au profit d'un projet de développement privé", s'est en revanche indignée Mme Francis. "Ils auraient pu décaler l'emplacement mais ils veulent faire des parkings", a-t-elle ajouté.

Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), le patrimoine libanais -- vestiges, maisons anciennes, etc. -- est malmené par la frénésie immobilière, avec la complicité d'hommes politiques.

ram/fc

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