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Guerre des mots entre Ankara et Damas la veille de la réunion de l'Otan

25/06/2012 07:53 EDT | Actualisé 25/08/2012 05:12 EDT

La Syrie a réaffirmé lundi que l'avion turc abattu par ses défenses anti-aériennes avait violé son espace aérien, mettant en garde l'Otan qui se réunit mardi à ce sujet contre toute "agression" à l'encontre de son territoire "sacré".

Pour ajouter à cette tension, un nouveau général syrien a fait défection en Turquie, portant à 13 le nombre de généraux syriens déserteurs dans ce pays jadis allié de Damas et qui avait coupé les ponts avec le régime du président Bachar al-Assad pour protester contre la répression de la contestation.

Sur le terrain en Syrie, le bilan des violences s'alourdit sans cesse à mesure que s'intensifient les bombardements de l'armée contre les bastions rebelles, notamment à Homs (centre). Au moins 11 civils et deux rebelles ont été tués lundi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Ankara, qui accuse Damas d'avoir abattu l'avion sans avertissement dans l'espace aérien international, a remis une note de protestation officielle à la Syrie, qui a nié toute agression de sa part.

"L'avion militaire turc a violé l'espace syrien, les défenses aériennes syriennes ont riposté et (l'appareil) s'est abîmé à l'intérieur des eaux territoriales syriennes. Ce qui s'est passé est une violation flagrante de la souveraineté syrienne", a déclaré le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères Jihad Makdessi lors d'une conférence de presse.

La Syrie "ignorait" la nature de la cible abattue vendredi, a-t-il assuré.

Plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, se sont mobilisés dans cette crise, jugeant l'incident "inacceptable".

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a promis de travailler avec Ankara sur une réaction appropriée à cet acte qu'elle a qualifié d'"éhonté", en dénonçant l'absence de respect des autorités syriennes pour "les lois internationales, la vie humaine, la paix et la sécurité".

Dans le même temps, un général dont l'identité n'a pas été précisée est entré en Turquie en compagnie de deux colonels et 30 autres soldats et de leurs familles, soit un groupe de près de 200 personnes, selon l'agence de presse turque Anatolie.

La Turquie héberge dans le sud du pays plus de 33.000 réfugiés syriens, ainsi que la direction de l'Armée syrienne libre (ASL), fondée par des déserteurs de l'armée régulière, et les réunions du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition de l'opposition syrienne.

Les derniers jours ont été particulièrement sanglants en Syrie, avec des bilans approchant ou dépassant la centaine de morts chaque jour. Dimanche, la répression et les combats entre armée et rebelles ont fait au moins 91 morts, dont 59 civils, selon l'OSDH.

La situation semblait particulièrement difficile à Homs, où des habitants ont lancé un appel au secours relayé par le Conseil national syrien, (CNS), la principale coalition de l'opposition: "Nous sommes la cible de bombardements continus et sans pitié, par des lance-roquettes, des hélicoptères militaires, des mortiers, des chars et des armes lourdes".

"Un crime des plus odieux se déroule sous vos yeux et vous n'aidez toujours pas les victimes. Ce qui se passe en Syrie, n'est pas un conflit politique mais un génocide, une purification ethnique", ont poursuivi les habitants, accusant le régime de viser les quartiers sunnites.

Le Conseil militaire supérieur de l'ASL a mis en garde contre "un nouveau massacre" à Homs, accusant le régime de se préparer à envoyer une centaine de chars supplémentaires en direction de Homs.

Sur le front diplomatique, l'UE a adopté de nouvelles sanctions contre le régime de Damas, qui visent de nouvelles sociétés et administrations et étendent l'embargo sur les ventes d'armes. Ces mesures viennent s'ajouter à une quinzaine de trains de sanctions successifs édictés par l'UE en un an.

La France a souhaité que ces mesures aillent "plus loin", en interdisant notamment les importations de phosphates de Syrie.

Le président russe, Vladimir Poutine, est arrivé en Israël pour une visite au Proche-Orient, où il va défendre la position de Moscou sur les grandes crises de la région, en particulier la question syrienne.

Depuis le début de la contestation populaire en Syrie en mars 2011, la Russie et la Chine bloquent toute résolution des Nations unies condamnant la répression sanglante menée par le régime syrien.

En Arabie saoudite, les membres du comité exécutif de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) ont recommandé la suspension de la Syrie de l'organisation, et son secrétaire général, le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu, a mis en garde les possibles répercussions dans la région d'une guerre civile en Syrie.

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