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Election de Morsi: Israël inquiet pour le Sinaï, s'accroche au traité de paix

25/06/2012 06:04 EDT | Actualisé 25/08/2012 05:12 EDT

Israël appréhendait lundi une éventuelle remise en cause du traité de paix avec l'Egypte, après l'élection à la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi, mais s'inquiétait d'abord de la dégradation de la situation à la frontière entre les deux pays.

"Israël entend poursuivre sa coopération avec le gouvernement égyptien sur la base du traité de paix, qui répond aux intérêts mutuels des deux peuples et contribue à la stabilité régionale", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans un communiqué.

M. Morsi, tout juste proclamé élu dimanche, a promis de respecter les traités internationaux, sans autre précision. Quelques heures auparavant, il a déclaré à l'agence iranienne Fars que l'Egypte allait "réviser les accords de Camp David" qui ont établi la paix avec Israël.

Interrogé par l'AFP, un haut responsable israélien a souligné sous condition d'anonymat que "la victoire des islamistes n'est pas de nature à rassurer Israël (...) Nous espérons une attitude pragmatique de leur part".

"Israël et l'Egypte sont soumis aux mêmes impératifs, la sécurité le long de leur frontière de 240 km, le règlement négocié du conflit israélo-palestinien, et des intérêts économiques", a-t-il ajouté.

"Il y a désormais à la tête de l'Egypte un homme qui n'a jamais caché son hostilité à Israël", a déclaré à la radio publique le député travailliste Binyamin Ben Eliezer, ancien ministre de la Défense, et proche du président égyptien déchu Hosni Moubarak.

"Nous devons rechercher le dialogue avec les islamistes et dans le même temps nous préparer à la guerre", a-t-il estimé.

Selon lui, "Israël doit s'attendre à des difficultés le long de sa frontière avec le Sinaï (égyptien), qui s'est transformé en sanctuaire pour les groupes terroristes, y compris Al-Qaïda".

Le chef d'état-major israélien, le général Benny Gantz, a ainsi récemment appelé l'Egypte "à assumer sa souveraineté sur le Sinaï".

Le 18 juin, des assaillants venus du Sinaï --un Egyptien et un Saoudien se réclamant d'Al-Qaïda selon la vidéo de revendication du groupe -- se sont infiltrés en Israël où ils ont été abattus après avoir tué un ouvrier travaillant à la construction de la barrière frontalière.

Faute de pouvoir riposter dans le Sinaï, territoire égyptien souverain, Israël a lancé le 20 juin un raid visant des "jihadistes" accusés de complicité dans l'attaque, dans le sud de la bande de Gaza.

Cité par le journal Haaretz, un responsable israélien a indiqué sous couvert de l'anonymat que le gouvernement espérait que M. Morsi jugerait "plus important pour l'Egypte de rétablir son économie défaillante que de revenir sur ses liens bilatéraux".

Ce haut responsable a évoqué l'aide annuelle d'1,5 milliard de dollars octroyée à l'Egypte par les Etats-Unis, garants du traité de paix, et les "zones industrielles qualifiées" (ZIQ), dont les produits sont détaxés sur le marché américain s'ils comportent au moins 11,2% de composants israéliens.

Reste que pour les dirigeants et médias israéliens, "la paix froide" avec l'Egypte est entrée dans une zone de turbulences avec la victoire du candidat des Frères musulmans, mouvance à laquelle appartient le Hamas palestinien. "Ténèbres en Egypte", titre ainsi le Yediot Aharonot.

Israël a déjà anticipé la victoire des Frères musulmans, affirme dans une tribune publiée par le journal, Dov Weissglas, ancien conseiller de l'ex-Premier ministre Ariel Sharon. Il relève la "faible riposte de l'armée israélienne" aux tirs de roquettes du Hamas la semaine dernière "par crainte d'enflammer la rue égyptienne et de conduire le gouvernement égyptien à réagir contre nous".

"C'est le prix qu'Israël commence à payer pour sa crainte d'une Egypte différente", ajoute-t-il, appelant en conséquence à une reprise de "négociations de paix sérieuses" avec les Palestiniens.

ChW/sst/cnp

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