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Egypte: les Occidentaux choisissent le réalisme

25/06/2012 11:43 EDT | Actualisé 25/08/2012 05:12 EDT

La volonté des Occidentaux de travailler avec le président égyptien élu Mohamed Morfi traduit leur réalisme devant le rôle croissant des Frères musulmans dans les pays du Printemps arabe et leur souci du maintien des équilibres dans la région, selon des experts.

L'empressement des chancelleries occidentales à saluer la victoire de Mohamed Morfi contraste avec la discrétion observée huit jours plus tôt lors de la dissolution de l'Assemblée nationale par le Conseil suprême des Forces armées, souligne Karim Emile Bitar, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

Les réactions à l'élection "constituent un rééquilibrage" par rapport à ce silence "qui laissait penser que l'on restait dans la logique passée de soutien à un pouvoir fort quitte à sacrifier la démocratie", estime ce chercheur.

Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Union européenne notamment, ont salué le "moment historique" que constitue l'élection au suffrage universel du premier président civil depuis 60 ans en Egypte.

Barack Obama a assuré M. Morfi du soutien de Washington à la transition de l'Egypte vers la démocratie, et souligné son intention de collaborer avec lui "sur la base du respect mutuel, pour faire progresser les nombreux intérêts partagés entre l'Egypte et les Etats-Unis".

Le président français François Hollande a déclaré vouloir travailler avec le nouveau président tout en souhaitant "que s'établisse en Egypte un système politique démocratique et pluraliste" qui garantisse les libertés, notamment des minorités.

Selon le ministère français des Affaires étrangères, la transition politique en Egypte "devrait permettre d'accélérer les financements de projets" promis en mai 2011 par les grandes puissances du G8.

"Cette élection a été à la fois démocratique et légitime malgré quelques problèmes, et même si certains ont voté Morfi par défaut", estime Denis Bauchard, de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Après les scrutins en Tunisie et au Maroc, "elle témoigne que les Frères musulmans sont devenus des acteurs incontournables de la région, du moins pour un certain temps. Les pays occidentaux ne peuvent que les reconnaître comme interlocuteurs", ajoute-t-il en référence à ce mouvement islamiste sunnite né au début du XXe en Egypte.

Pour Jane Kinninmont, experte au centre de réflexion géopolitique Chatham House à Londres, "les Occidentaux ont beaucoup évolué dans leur attitude envers les Frères musulmans" dans le monde arabe car "il leur est de plus en plus difficile de ne pas accepter la demande de gouvernements représentatifs" telle qu'elle s'est exprimée par les urnes.

Mais leur principale préoccupation est que soient préservés les engagements internationaux de l'Egypte, notamment le traité de paix avec Israël et le libre accès au canal de Suez, relève Karim Emile Bitar. "C'est l'essentiel pour les Etats-Unis, avant même la démocratie".

Dès dimanche, le président élu a promis de respecter les traités internationaux, sans plus de précision. Il avait auparavant dit qu'il souhaitait "réviser les accords de Camp David" établissant la paix avec Israël.

"L'inquiétude est perceptible en Israël", souligne Denis Bauchard. Quant aux pays occidentaux, "ils ne peuvent qu'attendre".

Jane Kinninmont relève que bien que les Frères musulmans soient bien plus anti-israéliens que le régime d'Hosni Moubarak, "il est hautement probable qu'aucun parti arrivant au pouvoir en Egypte ne va vouloir retourner à un état de guerre".

Karim Emile Bitar juge que les Etats-Unis pourraient se satisfaire d'une évolution vers un "modus vivendi" entre les Frères musulmans et les militaires, garants du respect de ces traités. "Mais ceux qui en paieront le prix, ce sont les révolutionnaires du 25 janvier 2011", dit-il.

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