NOUVELLES

Pas de répit dans les violences en Syrie, la Turquie en appelle à l'Otan

24/06/2012 07:06 EDT | Actualisé 24/08/2012 05:12 EDT

La Turquie a réclamé dimanche une réunion de l'Otan au sujet de son avion abattu vendredi par la Syrie, dont le régime a encore perdu des soldats dans les violences aux bilans dépassant désormais régulièrement les 100 morts par jour.

Après 116 morts samedi, la répression et les combats ont fait déjà au moins 65 victimes dimanche, dont 27 soldats tués pour la plupart dans des combats contre des rebelles dans les provinces d'Alep, d'Idleb (nord) et de Deir Ezzor (est), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

De l'autre côté de la frontière, les autorités turques, qui avaient joué l'apaisement samedi, ont affirmé que l'avion de chasse turc abattu vendredi en Méditerranée volait alors dans l'espace aérien international, à 13 milles nautiques de la Syrie, pour une mission d'entraînement sans armes.

Ankara a réclamé une réunion d'urgence de l'Otan, dans le cadre de l'article 4 du traité fondateur de l'Alliance, qui permet des consultations "chaque fois que (...) l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée". L'Alliance atlantique a confirmé que la réunion se tiendrait mardi.

Les deux pilotes de l'avion étaient toujours portés disparus.

S'exprimant à la télévision, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a prévenu Damas de ne pas défier militairement la Turquie. "Personne ne peut se permettre de mettre à l'épreuve les capacités (militaires) de la Turquie", a-t-il insisté.

Les relations entre Ankara et Damas, deux alliées avant le début du mouvement de contestation contre Bachar al-Assad en mars 2011, sont très tendues. La Turquie a appelé au départ du président syrien et accueille sur son sol 32.500 réfugiés syriens ainsi que des soldats rebelles et l'opposition politique.

Avant ces déclarations, le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a répété que l'avion turc avait été abattu "à l'intérieur de l'espace aérien syrien" et qu'il s'agissait "d'un incident et non d'une agression".

"Nous avons exercé notre droit de défense. Il n'y a pas d'animosité entre nous et la Turquie, mais une tension politique", a-t-il ajouté, dans des propos publiés par le quotidien Al-Watan, proche du pouvoir.

L'Iran, allié de Damas, a demandé à la Turquie et à la Syrie de faire preuve de "retenue" dans cette affaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, ont en revanche chacun fait part de leur "profonde préoccupation" au sujet de l'avion turc abattu.

Entretemps, le cargo MV Alaed qui a dû faire demi-tour au large de l'Ecosse sans avoir pu se rendre en Syrie, a accosté dimanche dans un port dans le nord-ouest de la Russie, où il attend désormais des instructions.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, dont le pays est le principal allié de Damas, avait reconnu jeudi que le bateau transportait des moyens de défense anti-aérienne et trois hélicoptères Mi-25 appartenant à la Syrie et remis en état en Russie.

Des appareils de ce type ont été utilisés dans la répression des insurgés syriens par le régime de Damas ces derniers mois. La cargaison doit figurer dans les discussions prévues prochainement entre M. Lavrov et son homologue américaine Hillary Clinton à Saint-Pétersbourg.

Entre-temps, sur le terrain, les violences ont atteint un nouveau pallier avec des bilans qui dépassent la centaine de morts.

"Personne ne contrôle rien", a estimé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. "Il est devenu normal d'avoir 100 morts tous les jours", a-t-il déclaré à l'AFP, dénonçant l'"absence de décisions de la communauté internationale" au sujet de la crise en Syrie.

Dimanche en milieu d'après-midi, le bilan s'élevait déjà à 65 morts, dont au moins 27 soldats de l'armée régulière, selon l'ONG, qui se base sur les témoignages de militants sur place.

Seize soldats sont morts à l'aube dans des combats contre des rebelles dans la province d'Alep, une région restée longtemps à l'écart du mouvement de contestation anti-régime, avant de se mobiliser progressivement et où "un certain nombre de soldats" ont fait défection, selon la même source.

Sur le plan politique, le régime a annoncé samedi un nouveau gouvernement. L'ancienne garde a été maintenue, même si pour la première fois, un portefeuille de "réconciliation nationale" a été créé.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition syrienne, a aussitôt dénoncé un jeu de dupes. "C'est le clan (d'Assad) qui gouverne. Il n'y a aucun véritable changement", a déclaré son chef à l'AFP Abdel Basset Sayda.

bur-rm/ram/feb

PLUS:afp