NOUVELLES

Les étudiants, fer de lance de la contestation sociale au Soudan

24/06/2012 04:05 EDT | Actualisé 23/08/2012 05:12 EDT

Les étudiants soudanais jouent un rôle majeur dans le mouvement de contestation sociale qui secoue Khartoum depuis plusieurs jours mais qui peine encore à prendre de l'ampleur dans cette société étroitement surveillée par le régime d'Omar el-Béchir.

La contestation, liée à la hausse vertigineuse des prix, a commencé le 16 juin par une manifestation devant l'Université de Khartoum, avant de s'étendre aux autres campus de la capitale.

"L'Université de Khartoum: le coeur où bat la révolution soudanaise", a affirmé lundi le groupe de jeunes opposants Girfina ("Nous en avons assez") sur son site internet.

Cette université de Khartoum avait déjà été en 1964 le berceau de la première révolution post-indépendance, qui avait conduit à la chute de la dictature militaire.

Mais les étudiants qui militent pour le changement doivent faire face à des forces de sécurité omniprésentes et brutales, ainsi qu'à l'infiltration des universités par le régime, selon Nagi Moussa, un étudiant en médecine membre de Girfina.

"Il est extrêmement difficile de mener une activité publique. Le gouvernement essaye de prendre pied dans les universités parce qu'il pense qu'elles sont dangereuses pour lui", explique-t-il.

"Le Parti du Congrès national populaire (NCP, au pouvoir) a des ressources. Ils ont de l'argent, ils emploient beaucoup d'hommes de main", affirme l'étudiant, qui a été détenu deux semaines en janvier.

Les forces anti-émeutes et les agents des redoutés services de renseignements ont fait montre d'une tolérance zéro depuis une semaine, matraquant et arrêtant massivement les manifestants.

Un journaliste de l'AFP a vu des photos d'un des militants arrêtés mardi dans une université: il portait des traces de coups et ses sourcils avaient été rasés.

Un haut responsable des services de renseignements a d'ailleurs expliqué à un journaliste de l'AFP qui venait d'être lui-même arrêté pour avoir pris des photos à l'Université de Khartoum que la situation autour des campus était "très sensible". Le journaliste a été libéré après 12 heures de détention.

Cet hiver, le gouvernement a déjà fermé l'Université de Khartoum pendant plus de deux mois en décembre après des heurts entre policier et étudiants qui protestaient contre une hausse des frais de scolarité.

Malgré les récentes manifestations, certains universitaires estiment que les campus ont perdu de leur ferveur militante, ce qui explique en partie pourquoi les étudiants ont échoué pour le moment à faire descendre massivement les Soudanais dans la rue.

Dans un contexte de crise économique majeure et après l'annonce d'importantes mesures d'austérité, les manifestations restent en effet limitées par rapport aux rassemblements de masse qui ont marqué le Printemps arabe dans la région.

Selon Mohamed el-Tom, un professeur de mathématiques qui avait été expulsé de l'Université de Khartoum en 1992, Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 23 ans, a réussi à dépolitiser les universités: le NCP domine les syndicats étudiants et le personnel administratif est nommé par le gouvernement.

Les jeunes militants doivent aussi faire face à la peur du chaos que beaucoup de Soudanais ressentent dans un pays amputé par la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011 et secoué par des conflits, en particulier le long de sa nouvelle frontière sud et au Darfour (ouest).

Mais Hisham Bilal, chargé de cours à l'Université de Khartoum, juge que la crise économique va aider les étudiants à mobiliser la rue: "La faim entraîne la colère. Cela pourrait conduire à une contestation sociale plus grande".

Pour M. Moussa, le catalyseur pourrait être l'éventuel décès d'un étudiant, comme cela avait été le cas en 1964. "Je pense que cela aurait un grand impact. Le gouvernement le sait, et il en a peur", explique le militant.

sma/jds/vv/cco/fc

PLUS:afp