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La Tunisie extrade l'ex-premier ministre libyen Bagdadi Mahmoudi

24/06/2012 10:12 EDT | Actualisé 24/08/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - L'ancien premier ministre libyen Bagdadi Mahmoudi a été extradé dimanche matin vers la Libye, a-t-on appris auprès de sources concordantes. Chef du gouvernement jusqu'aux derniers jours du régime de Moammar Kadhafi, celui qui faisait l'objet d'un mandat d'amener des autorités libyennes est notamment accusé dans son pays d'avoir ordonné des viols de femmes de la région de Zouara.

M. Mahmoudi, 67 ans, avait été arrêté en Tunisie le 21 septembre 2011 près de la frontière algérienne et condamné à six mois de prison pour "entrée illégale" sur le territoire, avant d'être relaxé.

Incarcéré à la prison de Mornag, près de Tunis, il avait toutefois été maintenu en cellule dans l'attente d'une décision concernant la demande d'extradition des autorités judiciaires libyennes. La chambre d'accusation près la cour d'appel de Tunis l'avait approuvée en novembre 2011.

On indiquait dimanche de source gouvernementale que M. Mahmoudi avait quitté à 10h20 locales (9h20 GMT) l'aéroport militaire d'El Aouina, près de Tunis, à bord d'un avion spécial libyen. Il était accompagné de l'actuel chef d'état-major de l'armée libyenne, Youssef Mangouch, précisait-on de même source sous le couvert de l'anonymat.

Joint par l'Associated Press, un conseiller de la présidence tunisienne ayant requis l'anonymat a confirmé l'information. Un responsable du ministère de la Justice, Mustapha Yahyaoui, a précisé que la décision d'extradition avait été prise par le Premier ministre Hamadi Jebali "en application d'une décision judiciaire". Selon lui, elle "est conforme aux accords bilatéraux tuniso-libyens et aux conventions maghrébines en la matière".

Signe d'un certain malaise au sein du pouvoir, le porte-parole officiel de la présidence, Adnène Mancer, avait indiqué un peu plus tôt que le président Moncef Marzouki n'avait signé aucun décret et que "si cette information s'avérait juste, elle provoquerait une crise politique au sein des autorités politiques et engendrerait d'énormes conséquences".

Depuis les élections d'octobre 2011, le pays est gouverné par les dirigeants des trois partis vainqueurs du scrutin: l'islamiste Jebali, chef du gouvernement, le militant des droits de l'Homme Marzouki, chef de l'Etat, et Mustapha Ben Jaâfar, président de l'Assemblée nationale constituante. MM. Marzouki et Ben Jaâfar dirigent deux partis de centre-gauche: le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés), tandis que M. Jebali est issu d'Ennahda, vainqueur des législatives d'octobre 2011.

En dépit d'un "accord de principe" pour l'extradition de M. Mahmoudi, des divergences opposaient la présidence et le gouvernement, notamment sur le moment et les circonstances de son extradition. M. Marzouki exigeait ainsi des garanties pour le respect de l'intégrité physique de M. Mahmoudi et un procès équitable. Une mission tunisienne s'était rendue récemment en Libye pour s'en assurer. Ses conclusions n'ont cependant pas été rendues publiques.

Un des avocats de M. Mahmoudi, Me Béchir Essid, s'est dit "peiné" par cette extradition qu'il a qualifiée d'"inique". Selon l'ancien bâtonnier, elle est "contraire à toutes les conventions internationales". Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, s'étaient déclarées hostiles à l'extradition de l'ancien dirigeant libyen en raison des risques de mauvais traitements qu'il encourait dans son pays.

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