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Le malaise d'un cinéaste allemand face au malentendu Grèce-Allemagne

22/06/2012 06:39 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

Allemand d'origine grecque, le cinéaste Timon Koulmasis se désespère de voir le malentendu qui s'est installé entre ses deux pays depuis la crise, et refuse obstinément de choisir son camp.

Quand la Grèce affrontera l'Allemagne vendredi lors d'un match de l'Euro-2012 qui excite déjà les ardeurs nationalistes, Timon Koulmasis ne sera pas devant sa télévision.

Il ne s'intéresse pas au foot mais, surtout, ne revendique aucune nationalité: "je n'arrive pas à définir une identité. Disons que je suis d'origine grecque, de langue allemande et de culture française", confie-t-il à l'AFP.

Son oeuvre (trois fictions et huit documentaires), qui a été montrée aux festivals de Cannes, Venise, Berlin, Locarno ou encore Montréal, tente d'articuler l'histoire individuelle, la sienne ou celle des autres, et la grande Histoire.

Le père de Timon, journaliste, est né à Dresde en 1914. Il était issu d'une famille de commerçants grecs dont une partie vit encore à Istanbul.

Sa mère, Danae, a débarqué dans le pays dans les années 50, comme beaucoup de ses compatriotes attirés par le "miracle économique allemand".

Danae s'est battue contre la dictature des Colonels, qui se met en place à partir de 1967 en Grèce.

Aux côtés d'autres journalistes travaillant pour le service en langue grecque de la radio publique allemande Deutsche Welle, parmi lesquels l'actuel président de la république de Grèce, Carolos Papoulias, elle sera l'une des "voix" de la résistance à la junte. Timon consacrera à cette fameuse émission un documentaire intitulé "Words of resistance".

Quand, à l'âge de 13 ans, il foule pour la première fois le sol grec, accompagné de sa mère, le lendemain de la chute du régime en juillet 1974, le chauffeur de taxi qui les conduit de l'aéroport au centre d'Athènes a reconnu la voix qu'il entendait clandestinement à la radio pendant la dictature. Et il refuse obstinément de la faire payer. Devant l'insistance de sa mère, il finit par lâcher: "que ma main tombe en poussière si je prends de l'argent de vous".

Timon Koulmasis, qui vit désormais à Paris, est attristé par le tour que prennent les relations entre les deux pays. "Ma génération a oeuvré à créer une sorte de pont entre les pays et à rapprocher les points de vue" à travers l'art ou la traduction d'oeuvres littéraires, explique-t-il.

Or, "sous l'effet de la crise, les images deviennent caricaturales. Les clichés véhiculés par les hommes politiques et une partie de la presse allemande, qui montrent des Grecs fainéants et corrompus, ont créé un sentiment d'humiliation. De l'autre côté, a refait surface l'image d'une Allemagne dominatrice, ce qui a réveillé la mémoire douloureuse de l'Occupation".

S'il veut croire que cette défiance n'est pas "durable", mais d'abord un "effet de la crise", il constate avec inquiétude que le "droit à la différence est de moins en moins accepté" à force d'uniformisation culturelle.

A l'heure où certains, dans la Grèce à court d'argent, remettent sur le tapis l'épineux sujet des réparations de la Seconde guerre mondiale, Timon refuse de jeter de l'huile sur le feu. "L'Allemagne a fait une introspection profonde. Y compris vis-à-vis de la Grèce", tranche-t-il.

A la place, il préfère poursuivre son oeuvre de cinéaste, mu par la conviction que la connaissance reste le meilleur remède aux malentendus.

Son prochain film, dont le tournage débutera l'hiver prochain, retracera la vie de son père à Athènes pendant l'Occupation allemande. Une manière de rendre justice à celui que sa double nationalité avait rendu suspect aux yeux de certains.

evs/im/ep

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