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22/06/2012 09:27 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

GP d'Europe - Gérard Lopez (Lotus): "La vente des actions de CVC est normale"

L'homme d'affaires Gérard Lopez, dont le fonds Genii Capital est l'actionnaire principal du Lotus F1 Team, considère que la vente récente d'une partie du capital de la F1 par le fonds CVC est "normale", a-t-il expliqué lors d'un entretien à l'AFP.

Q: Que pensez-vous de la vente d'une partie des actions détenues par CVC ?

R: "C'est assez simple, pour une société normale, sauf que dans la F1 tout prend des proportions beaucoup plus médiatisées et souvent à géométrie variable en termes d'intérêts. Une société détient les droits de la F1, est capable de vendre les droits à l'image, a des revenus, et pour faire tourner le +cirque+ une partie des revenus sont versés aux équipes. Une partie de la société a été rachetée par un fonds d'investissment, CVC, en partie avec son cash et en partie avec de l'argent emprunté aux banques, ça s'appelle un LBO (ndlr: leverage buy out). La partie dette, à un moment, arrive à maturité, il faut la rembourser, et la partie engagée par le fonds doit procurer un retour sur investissement, en vendant une partie de la participation".

Q: Comment ça se passe, concrètement ?

R: "Il y a deux alternatives, la vente de gré à gré à un autre investisseur privé, ou une entrée en Bourse. CVC est arrivé à ce moment-là de son investissement et a décidé de suivre les deux routes. Juste avant l'entrée en Bourse (ndlr: prévue cette année à Singapour), on place une partie avec des investisseurs privés, ce qui permet de mettre une valeur sur la société tout en récupérant une partie des billes au cas où la mise en Bourse ne se ferait pas. Dans ce cas, CVC pourra encore rester en F1 en ayant déjà récupéré une partie de son investissement".

Q: Le report de cette mise en Bourse met-il la F1 en péril ?

R: "Actuellement, c'est un peu agité sur les marchés, c'est clair, mais les nouveaux actionnaires, peu importe le prix qu'ils ont payé, élevé ou pas, sont rentrés dans un sport, avec ses risques et périls, qui a encore énormément de potentiel. La plupart des gens qui dépensent de l'argent en F1 viennent encore d'Europe, et ce n'est pas en Europe qu'on a de la croissance actuellement".

Q: La F1 est-elle bien gérée et la Bourse de Singapour est-elle un bon choix ?

R: "D'un point de vue financier, la F1 est bien gérée, la plus-value a été assez forte par rapport à l'achat des actions par CVC (en 2006) et il y a encore beaucoup de nouveaux marchés à développer, comme la Chine. Aujourd'hui, la F1 est un bon investissement et la Bourse de Singapour une bonne opportunité car elle s'intéresse beaucoup aux valeurs alternatives et sportives, comme (le club de football anglais de) Manchester United. Et il y a beaucoup de +cash+ en Asie actuellement".

Q: Formula One Management (FOM) doit-elle dévoiler le contenu des futurs accords Concorde (entre la FOM et les écuries) avant d'entrer en Bourse ?

R: "Sur n'importe quel marché, aucune Bourse au monde ne peut forcer une société à dévoiler le contenu de contrats commerciaux. Elle ne doit donner que des états financiers, son bilan annuel, et informer de la vente d'actions par des gros actionnaires et des membres de l'encadrement".

Q: Le passage de la F1 sur des chaînes payantes, comme Sky, est-il bon pour son audience à l'avenir ?

R: "Il est surtout dû aux chaînes non-payantes qui n'ont pas réussi à créer des programmes autour de la F1 pour gagner de l'argent. Si une chaîne privée est prête à dépenser autant d'argent pour les droits de la F1, c'est qu'elle espère en gagner plus. Si les autres n'en ont pas été capables, c'est qu'il y a un problème dans leur modèle économique. Le fan préfèrerait ne pas payer, c'est normal, mais ce que fait Sky en Angleterre est impressionnant en termes de service et de couverture".

Q: La F1 suit-elle le modèle du football, notamment sur les nouveaux médias ?

R: "On ne peut pas dire qu'elle suit le modèle du football, qui n'a pas encore réussi son entrée sur internet et les nouveaux médias. Or, la F1 a énormément de contenus et une connaissance très forte de la partie digitale. L'autre avantage, c'est qu'il y n'a que trois parties, Bernie Ecclestone, la FIA (Fédération internationale de l'automobile) et les écuries, donc c'est plus facile à gérer qu'en football, où il y a beaucoup plus d'acteurs à mettre d'accord entre eux, dans plusieurs pays".

Propos recueillis par Daniel ORTELLI

dlo/dif

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