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22/06/2012 06:00 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

Ethiopie: un employé local de l'ONU condamné à 7 ans de prison pour "terrorisme"

Un employé éthiopien de l'ONU a été condamné vendredi à sept ans et huit mois de prison par la justice éthiopienne, quelque jours après avoir été jugé coupable de "participation à une organisation terroriste" sur la base d'une législation très controversée.

Abdurahman Sheikh Hassan, officier de sécurité de l'ONU dans la région de l'Ogaden (sud-est) avait été arrêté en juillet 2011, sous l'accusation de liens avec la rébellion locale du Front national de libération de l'Ogaden (ONLF).

Quelques jours auparavant, il avait négocié la libération de deux membres du Programme alimentaire mondial de l'ONU (Pam), kidnappés - par l'ONLF selon l'acte d'accusation - dans cette région reculée, à majorité somali.

"Sous couvert de son travail, il a transmis des informations à une organisation terroriste avec le but de l'aider", a déclaré le juge Mulugeta Kidane avant de prononcer la peine.

"Ce crime doit être puni d'une peine sévère", a-t-il poursuivi, précisant que l'accusé n'avait pas été condamné à la peine maximale prévue - dix ans de prison - car son casier judiciaire était vierge.

Son co-accusé, Sherif Badio, jugé in absentia coupable d'être "chef ou responsable d'une organisation terroriste", a été condamné à la prison à perpétuité.

Le juge a estimé que M. Hassan n'avait pu prouver qu'il n'avait aucun lien avec l'ONLF, en lutte depuis 1984 pour l'indépendance de l'Ogaden, marginalisée selon le mouvement par Addis Abeba. Le magistrat a ajouté que l'accusé était coupable d'avoir collaboré avec M. Badio.

L'accusation s'est appuyée essentiellement sur des enregistrements de conversations téléphoniques entre MM. Hassan et Badio.

Après le prononcé de la sentence, M. Hassan, qui ne parle pas l'amharique, langue majoritaire en Ethiopie, a serré la main de son avocate après qu'elle lui eut traduit la déclaration du juge.

Personne n'était disponible dans l'immédiat à la représentation de l'ONU à Addis Abeba pour commenter cette décision.

Les deux hommes ont été jugés aux termes d'une législation anti-terroriste que, selon des groupes de défense des droits de l'Homme, l'Ethiopie utilise pour étouffer la dissidence politique et la liberté de la presse.

Sur la base de cette loi, deux journalistes suédois entrés en Ethiopie depuis la Somalie, ont déjà été condamnés en décembre à 11 ans de prison pour "soutien au terrorisme", après avoir été arrêtés près de la frontière en compagnie de rebelles de l'ONLF qu'ils affirmaient suivre pour un reportage.

La justice éthiopienne a par ailleurs repoussé jeudi le verdict qu'elle doit rendre dans le procès de 24 personnes, dont un dirigeant de l'opposition et un journaliste réputé, Eskinder Nega, tous jugés pour "terrorisme" sur la base de cette même loi.

M. Eskinder a été arrêté pour un article critiquant les arrestations effectuées sur les fondements de cette loi anti-terroriste. Selon le Comité de protection des Journalistes (CPJ), onze journalistes indépendants et bloggeurs ont été inculpés de terrorisme depuis 2011.

L'ONG de défense de liberté de la presse estime que cette législation antiterroriste éthiopienne pénalise tout reportage que les autorités jugent favorable aux mouvements d'opposition désignés comme terroristes.

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