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22/06/2012 10:13 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

9 août 1942 à Kiev, le FC Start remporte "le match de la mort"

Le stade Start est une vieille enceinte décatie, un peu à l'écart du centre de Kiev. A son entrée, les lettres START surmontent une colonnade en pierre mais le "R" devrait bientôt tomber et les gradins en bois, à l'abandon, sont envahis par les détritus et les herbes folles.

On peine à l'imaginer, mais il y a 70 ans, le 9 août 1942, ils étaient plusieurs milliers dans ce stade, alors appelé Zenit, pour assister à la revanche entre le FC Start, une équipe formée d'anciens joueurs du Dynamo Kiev libérés d'un camp de prisonniers, et la FlakElf, un onze formé de soldats et pilotes de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande.

Le FC Start a gagné 5-3 et cette rencontre est restée dans l'histoire et les mémoires ukrainiennes comme "le match de la mort", la légende et la propagande prenant parfois le pas sur la réalité.

L'histoire commence quelques mois plus tôt quand Nikolaï Troussevitch, ancien gardien du Dynamo récemment libéré d'un camp de prisonniers, trouve du travail à la boulangerie N.3 de la capitale ukrainienne, occupée par les troupes allemandes qui ont envahi l'URSS un an auparavant lors de l'opération "Barbarossa".

Son patron, Josef Kordik, est un fan de foot et du Dynamo. Il convainc Troussevitch de monter une équipe avec certains de ses anciens coéquipiers retrouvés au fil des jours dans les rues de Kiev et de l'inscrire au championnat organisé par l'occupant.

Avec sept anciens du Dynamo et trois du Lokomotiv, le Start est très fort. L'équipe au maillot rouge enchaîne six victoires avant d'affronter une première fois la FlakElf le 6 août. Cette série ne plaît pas aux autorités allemandes qui craignent qu'elle soit une source d'inspiration pour les occupés et affecte le moral des troupes.

Le Start remporte pourtant nettement le match 5-1 et une revanche est immédiatement prévue, qui aura lieu trois jours plus tard. Les tribunes du stade Zenit sont donc pleines ce 9 août. Il y aussi beaucoup de policiers et de soldats allemands.

Le match est dur et l'arbitrage, confié à un officier SS, douteux. Malgré tout, le Start mène 3-1 à la pause. Les joueurs auraient alors reçu la visite de deux responsables allemands leur suggérant de lâcher le match. Ils s'imposent pourtant 5-3.

C'est ici que les routes de l'histoire et de la légende se séparent définitivement. Dans les années 1960, la propagande soviétique s'est en effet emparée de l'aventure du Start, avec notamment deux films, et avance que les 11 joueurs ont été arrêtés dès la fin du match et immédiatement exécutés, portant encore leur maillot de footballeur.

Ce n'est pas le cas. Le Start a même joué encore une rencontre après "le match de la mort" et l'a remportée.

Plusieurs joueurs de l'équipe ont en revanche été arrêtés, soupçonnés d'être des membres du NKVD, la police politique soviétique. L'un d'entre-eux, Nikolaï Korotkykh, sera torturé et en mourra.

Les autres joueurs seront envoyés au camp de travail de Syrets, dans les faubourgs de Kiev. Ivan Kuzmenko, Alexeï Klimenko et Nikola Troussevitch y seront exécutés mais une enquête officielle d'un tribunal allemand a conclu en 2005 qu'il était impossible de prouver que leur mort était liée au match du 9 août 1942.

La même enquête n'a pas pu non plus établir avec certitude l'intervention de responsables allemands à la mi-temps et une photo existe, qui montre les joueurs des deux équipes posant à l'issue de la rencontre, souriants.

Après la chute de l'URSS, l'un des membres du Start ayant survécu à la guerre, Makar Gontcharenko, a d'ailleurs donné son avis sur la mort de ses anciens équipiers.

"Ils ne sont pas morts parce qu'ils étaient de grands footballeurs ou des joueurs du Dynamo. Ils sont morts comme beaucoup d'autres Soviétiques parce que deux systèmes totalitaires s'affrontaient. Ils ont été victimes de ce massacre à grande échelle. La mort de ces joueurs n'est pas très différente de celles de beaucoup d'autres gens", a-t-il dit.

A Kiev, deux monuments rendent hommage aux joueurs du FC Start. L'un est installé devant le stade du Dynamo. L'autre, représentant un athlète, balle au pied, terrassant un aigle nazi aux yeux en croix gammées, est dans l'enceinte du stade Start.

stt/grd

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