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21/06/2012 06:24 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Paraguay: le président menacé de destitution, atmosphère tendue dans la capitale

ASUNCION, Paraguay - Les députés du Paraguay ont voté en faveur de la destitution du président Fernando Lugo jeudi, pour son rôle dans un affrontement meurtrier impliquant des fermiers sans terre survenu la semaine dernière. M. Lugo, un ancien prêtre catholique, sera jugé à partir de vendredi devant le Sénat.

Fernando Lugo, qui a été élu pour un mandat de quatre ans en promettant d'aider les pauvres, s'est présenté à la télévision nationale pour nier les rumeurs au sujet de sa démission. Il a déclaré qu'il ferait face au procès, «avec toutes ses conséquences».

La chambre basse a approuvé jeudi la tenue d'un procès de destitution par un vote de 76 contre 1. Quelques heures plus tard, le Sénat a annoncé que le procès commencerait vendredi.

Le vote ajoute un nouvel élément d'instabilité dans la politique du pays. Inquiets, les résidants de la capitale, Asuncion, ont fermé leurs commerces plus tôt et sont allés chercher leurs enfants à l'école avant la fin des classes.

Les Paraguayens s'inquiètent de la confrontation imminente au Sénat, contrôlé par l'opposition, et de la possibilité que ce conflit politique ne provoque de grandes manifestations comme celles qui ont suivi l'assassinat du vice-président Luis Maria Argana en 1999.

Les hôpitaux de la capitale ont été mis en état d'alerte par mesure de précaution en cas de violences, a indiqué un responsable des urgences à Asuncion, Enrique Bellassai. Des lits ont été libérés, des chirurgies ont été annulées et du personnel médical supplémentaire a été mobilisé pour faire face à la situation.

«Nous n'échapperons pas aux turbulences, elles s'en viennent, a déclaré un spécialiste de la politique paraguayen, Horacio Galeano Perrone, qui s'intéresse aux questions de défense nationale. Si vous me demandiez mon avis, je vous conseillerais d'aller au supermarché pour acheter des piles et tout ce que vous pouvez.»

L'élection de Fernando Lugo, en 2008, a mis fin à 61 ans de règne du parti Colorado (conservateur). Depuis, le président affronte régulièrement le Congrès, où il dispose de quelques alliés fidèles. S'il est destitué, M. Lugo sera remplacé par le vice-président Frederico Franco.

Les opposants du président lui attribuent la responsabilité des violences de la semaine dernière, quand la police a tenté d'évincer environ 150 fermiers d'une réserve de 2000 hectares, qui fait partie d'un grand domaine appartenant à un politicien du parti Colorado. Dix-sept personnes sont mortes dans l'affrontement.

Les défenseurs des fermiers affirment que le propriétaire des lieux s'est servi de son influence politique pour obtenir la terre de l'État il y a plusieurs décennies. Ils estiment que cette terre devrait servir à la réforme agraire.

M. Lugo, âgé de 63 ans, a exprimé ses regrets pour l'affrontement et a accepté la démission de son ministre de l'Intérieur et du chef de la police.

Le Paraguay est le quatrième producteur mondial de soya. Les disputes au sujet des terres ont augmenté au cours des dernières années, alors que les fermiers ont besoin de plus d'espace pour leurs cultures.

Fernando Lugo, qui a quitté son poste d'évêque pour se porter candidat à la présidence, avait promis lors de sa campagne d'attribuer des parcelles à 87 000 familles sans terre. Mais il approche de la fin de son mandat et il n'a pas réussi à tenir sa promesse, en partie parce que ses programmes ont été bloqués par la législature.

Le président, qui a déjà été connu sous le nom d'«évêque des pauvres», bénéficie toujours du soutien de certains groupes de fermiers, dont certains leaders ont annoncé leur intention de se rendre dans la capitale pour exprimer leur appui.

Dans les rues d'Asuncion, les opinions quant à la procédure de destitution étaient partagés jeudi.

«Lugo devrait finir son mandat et ensuite, nous élirons l'un des nôtres, a déclaré Benito Canete, un concierge âgé de 68 ans. Je pense que s'ils se débarrassent de lui maintenant, ce sera mauvais pour le pays.»

Ana Campuzano, une odontologue âgé de 42 ans, appuie quant à elle la procédure de destitution. «Lugo devrait démissionner, ce serait mauvais pour lui de rester» après l'affrontement, a-t-elle dit. «C'est sa faute, parce qu'il ne sait pas gérer les choses.»

Le socialiste Carlos Filzzola, qui était ministre de l'Intérieur jusqu'à samedi, a qualifié le vote des députés de «coup d'État institutionnel». Selon lui, le sort du président a déjà été décidé. «Ce procès politique n'est qu'une formalité», a-t-il déclaré.

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