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21/06/2012 09:32 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Norvège: les procureurs demandent l'internement psychiatrique d'Anders Breivik

OSLO - Les procureurs norvégiens ont demandé jeudi qu'Anders Behring Breivik, l'extrémiste jugé pour l'attentat d'Oslo et la tuerie d'Utoya qui ont fait 77 morts en juillet dernier, soit interné dans une institution psychiatrique plutôt qu'en prison.

Si les juges en arrivent à la même conclusion que les procureurs, cela signifie que Breivik sera déclaré non criminellement responsable du pire massacre commis en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale. L'attentat contre le siège du gouvernement à Oslo et la fusillade dans un camp d'été des jeunes travaillistes dans l'île d'Utoya ne seraient pas considérés comme des actes de terrorisme politique, mais plutôt comme l'oeuvre d'un fou sanguinaire.

«Nous demandons qu'il soit transféré en soins psychiatriques obligatoires», a déclaré le procureur Svein Holden devant la cour, dans son réquisitoire final.

Même si aucune preuve concluante ne permet de croire que Breivik était psychotique lors de son épopée meurtrière, il existe suffisamment de doutes quant à sa santé mentale pour que sa condamnation à la prison soit inappropriée en vertu des lois norvégiennes, a dit le procureur Holden.

La défense va probablement réfuter cette thèse ce vendredi, au dernier jour du procès. Breivik, qui se présente comme un militant contre l'islam, affirme qu'il est sain d'esprit et que ses gestes étaient motivés par ses convictions politiques.

Le cas d'Anders Breivik divise les psychiatres. Juste avant l'ouverture de son procès, une contre-expertise psychiatrique l'a déclaré criminellement responsable de ses actes, contredisant le premier rapport qui l'avait déclaré psychotique.

Tout comme au début de son procès à la mi-avril, Breivik, âgé de 33 ans, a fait un salut en brandissant le poing droit à sa sortie de la salle jeudi.

Plus tôt dans le procès, l'accusé avait déclaré que l'aspect psychiatrique de son dossier était une façon pour les autorités norvégiennes de le ridiculiser et de détourner l'attention de son idéologie.

Anders Breivik affirme que la Norvège et l'Europe sont colonisés par les musulmans, qui représentent deux pour cent de la population norvégienne. Il a déclaré que les cibles visées par son attaque avaient trahi le pays en appuyant des politiques pro-immigration.

Certains proches des victimes ont été déçus de la position adoptée par les procureurs.

Les proches «veulent que le jugement soit équitable», a déclaré Mette Yvonne Larsen, une avocate qui représente les familles de certaines personnes tuées dans les attaques. «Ils pensent qu'une peine de prison serait une issue plus justifiée face à ce qui s'est passé le 22 juillet.»

D'autres pensent que Breivik peut être comparé aux extrémistes islamistes qui commettent des attentats.

«Je pense toujours que Breivik est clairement sain d'esprit et que sa rhétorique, ses attitudes et son comportement ne sont pas très différents de ceux des terroristes», a déclaré Usman Rana, un Norvégien d'origine pakistanaise qui écrit des chroniques dans un journal du pays.

Usman Rana pense que la dimension psychiatrique du procès n'aurait pas pris autant d'importance si l'auteur de la tuerie avait été un extrémiste islamiste.

Un terroriste venu du Nord

L'image du terrorisme mondial a été bouleversée quand un homme blond aux yeux bleus s'est rendu à la police après avoir tué 69 personnes dans l'île d'Utoya. Quelques heures plus tôt, il avait fait exploser une bombe à Oslo, tuant huit personnes.

Breivik a immédiatement admis être l'auteur des attentats et a affirmé qu'ils étaient justifiés. Le Parti travailliste au pouvoir a trahi le pays en permettant à des musulmans de s'installer en Norvège, a-t-il dit.

Cette rhétorique n'est pas inhabituelle chez les extrémistes de droite en Europe, mais Breivik n'appartenait à aucun groupe. Il a cependant affirmé être le commandant d'un réseau appelé les «Chevaliers du temple», mais les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace de cette organisation.

Même quand les autorités lui ont présenté les preuves du contraire, Breivik a continué d'affirmer que le groupe existait vraiment, avec une telle conviction qu'il croyait probablement à ce qu'il disait, a déclaré le procureur Holden.

«Sur la foi de la défense intense par Breivik de ces allégations manifestement fausses, nous pensons qu'il est difficile de conclure qu'il s'agit d'une mensonge intentionnel de sa part», a affirmé M. Holden.

Selon un sondage de la firme Norstat rendu public jeudi par la chaîne norvégienne NRK, 74 pour cent des Norvégiens pensent que Breivik est mentalement apte à être condamné à la prison. Dix pour cent des répondants pensent qu'il est fou, tandis que les autres sont indécis. Le sondage a été mené du 12 au 19 juin auprès de 1000 répondants.

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