Commission Charbonneau: le contre-interrogatoire de Jacques Duchesneau est terminé

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JACQUES DUCHESNEAU
PC

L'avocat du procureur général du Québec s'est appliqué jeudi à démontrer que personne au sein du ministère des Transports n'a mis des bâtons dans les roues de Jacques Duchesneau dans les premiers mois suivant son arrivée à la tête de l'Unité anticollusion (UAC).

M. Duchesneau avait révélé au début de son témoignage devant la commission d'enquête sur l'industrie de la construction qu'il avait dû surmonter plusieurs obstacles dans les trois mois après l'annonce de son embauche, le 23 février 2010. L'ex-policier avait notamment décrit qu'il manquait de ressources, qu'il n'avait pas de budget et qu'il avait été contraint de « squatter » les locaux du sous-ministre aux Transports, Michel Boivin, à Montréal, pour travailler.

Les questions de Me Benoît Boucher, qui était le dernier avocat à contre-interroger M. Duchesneau, ont porté exclusivement sur cette période, plutôt que sur le contenu du rapport lui-même. Il voulait ainsi démontrer que les tracasseries évoquées par M. Duchesneau étaient principalement attribuables à « des contraintes administratives qui existaient dans les lois, les règlements, les procédures ».

M. Duchesneau a concédé que c'était le cas, mais que les solutions ne venaient tout simplement pas assez rapidement à son goût. « Quand on a un problème, une crise, la directive, on la met de côté et on se sert de notre jugement. On est capable de trouver des solutions. Et c'est pour ça que ça me frustrait. Parce qu'on m'a donné un mandat qui était important quand on en a fait l'annonce le 23 février et là, une fois que l'annonce était faite, c'était moins urgent. C'était ça, la grande contrainte à laquelle j'étais confrontée », a-t-il fait valoir.

« On tentait de trouver des solutions, a poursuivi M. Duchesneau. Après le 25 mai [NDLR : date d'une rencontre avec le sous-ministre Michel Boivin], on n'en a pas eu, de problèmes. On a eu des différends. Quand on travaille sur un dossier aussi délicat que celui-là, bien évidemment, on ne voit pas toujours les choses de la même façon. »

Me Boucher a notamment souligné que le contrat de Jacques Duchesneau ne prévoyait pas que l'UAC aurait des bureaux, ce qui a fait bondir Jacques Duchesneau. « J'aurai tout entendu. T'embauches quelqu'un, tu peux au moins penser lui donner un bureau. Soyons sérieux », s'est offusqué Jacques Duchesneau.

Me Boucher a néanmoins insisté, en notant que les locaux du sous-ministre - une suite, a-t-il avancé - étaient plus vastes que ce qu'a dit M. Duchesneau, et que ce dernier avait réussi à y faire installer du mobilier et à exercer un contrôle sur les personnes qui y avaient accès.

L'ex-patron de l'UAC a expliqué qu'il avait fait installer des classeurs sécuritaires pour les dossiers de l'UAC. Il a aussi dit que des règles d'accès ont dû être convenues pour que la Sûreté du Québec accepte que les ordinateurs de l'unité soient branchés sur ses systèmes.

L'ex-patron de l'UAC a fait valoir que 58 personnes avaient accès aux locaux du sous-ministre. Après que les ordinateurs eurent été reliés aux systèmes de la SQ, a-t-il dit, les responsables de l'entretien ont par exemple été contraints de venir seulement quand des employés de l'UAC étaient présents.

Me Boucher a estimé que le terme « squatter » utilisé par Jacques Duchesneau pouvait être péjoratif. « C'est peut-être l'objectif que j'avais », a rétorqué le témoin vedette de la commission. « Ce n'était pas le luxe. On était 20 à un moment donné », a-t-il ajouté plus tard.

« Bien honnêtement, pendant les 18 mois de notre existence, on a géré la pauvreté », a aussi dit Jacques Duchesneau. « Je n'ai pas de problème avec ça. On a coûté moins de 2 millions de dollars, on a fait sauver 347 millions. »

« Je trouve étrange que le gouvernement que vous représentez me pose ce genre de questions alors qu'on est allé faire le travail. Vous ne m'avez pas parlé de notre travail [...]. Là, on parle de peccadilles », a encore déclaré M. Duchesneau.

Me Boucher a alors relevé le mot « peccadilles » et a mis fin à son contre-interrogatoire sur-le-champ.

Mercredi, Me Boucher n'avait pas tardé à faire sortir de ses gonds l'enquêteur de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) Martin Morin, qui a accompagné M. Duchesneau pendant une bonne partie de son témoignage. Me Boucher a réussi à faire admettre à l'enquêteur Martin que certains détails contenus dans le rapport Duchesneau pouvaient être basées sur des présomptions. Le témoin n'a pas tardé à montrer des signes d'impatience.

La juge Charbonneau était d'ailleurs intervenue pour signifier qu'elle ne tolérerait plus ce type d'interrogatoire agressif.

La fin des contre-interrogatoires de M. Duchesneau marque la fin de la première phase des audiences publiques de la commission. Elles reprendront le 17 septembre.

Le PQ attaque la crédibilité de Duchesneau

L'avocate du Parti québécois a estimé mercredi que la décision de Jacques Duchesneau d'enquêter bénévolement sur le financement illégal des partis politiques « affecte notablement sa crédibilité comme dirigeant d'un organisme public ».

Me Estelle Tremblay a demandé à la présidente de la commission d'enquête sur l'industrie de la construction, la juge France Charbonneau, d'avoir accès à ce rapport, que M. Duchesneau a remis lundi aux procureurs de la commission, mais sans qu'il soit déposé en preuve. Elle disait en avoir besoin pour poursuivre son contre-interrogatoire.

Après avoir pris la cause en délibéré, la juge Charbonneau a jugé que cette requête était non recevable. Il revient aux procureurs de la commission, a-t-elle dit, d'évaluer les informations qui leur sont fournies afin d'en évaluer la pertinence.

Des diagrammes sur des firmes de construction

Des diagrammes exposant les liens de sept entreprises influentes du secteur de la construction ont été déposés en preuve mercredi à la commission d'enquête sur l'industrie de la construction. Il s'agit de:

Une précédente version de ces documents avait été déposée sous scellés, ce qu'avaient contesté les médias. Les nouveaux documents déposés par Me Lebel sont plutôt du domaine public, de sorte que le débat réclamé par plusieurs médias à ce sujet n'aura pas lieu.

Un article de François Messier

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