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21/06/2012 12:21 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Accusé de tortures à Achraf, un responsable irakien en garde à vue à Paris

Un responsable irakien est en garde à vue à Paris depuis jeudi matin, accusé par un opposant iranien de tortures lors de violences commises par les forces irakiennes dans le camp de réfugiés des Moudjahidine du peuple d'Ashraf, en Irak, en juillet 2009.

Sadeq Kazem, qui dirige désormais le camp Liberty proche de Bagdad où vivent des réfugiés des Moudjahidine du peuple, a été interpellé et placé en garde à vue, après une plainte d'un Iranien disant avoir été torturé sous ses ordres fin juillet 2009, ont indiqué des sources judiciaire et proche du dossier.

L'opposant iranien assure avoir été pris en otage avec 35 autres résidents lors de l'attaque du camp d'Ashraf par les forces irakiennes les 28 et 29 juillet 2009 et détenu pendant 72 jours au cours desquels il dit avoir été torturé sous les ordres de Sadeq Kazem, selon sa plainte consultée par l'AFP.

Il explique avoir été arrêté à l'entrée du camp, frappé à la tête puis emmené dans les locaux de la police avant d'être enfermé dans une cellule de 12 m2 avec une trentaine d'autres prisonniers sous la direction des militaires irakiens.

Il dit ensuite avoir été transféré après trois ou quatre jours dans une prison où les prisonniers ont, selon lui, "à nouveau été battus, aggravant ainsi les blessures existantes qui n'avaient bien évidemment pas été soignées".

L'opposant a déposé sa plainte mercredi à Paris pour tortures et crimes de guerre, donnant lieu à l'ouverture d'une enquête préliminaire.

Kazem a été interpellé alors qu'il était de passage en France dans le cadre d'un déplacement en Europe d'une délégation gouvernementale irakienne.

Il avait été refoulé mardi alors qu'il tentait de rentrer au parlement européen à Bruxelles, selon un porte-parole des Moudjahidine du peuple joint par l'AFP.

Pour l'avocat du plaignant iranien, Me William Bourdon, "l'ouverture d'une enquête et l'interpellation, si rapidement après le dépôt de la plainte, est sans précédent s'agissant d'une procédure fondée sur la compétence universelle" de la justice française.

La justice française est compétente pour poursuivre les personnes qui seraient coupables de tortures à l'étranger, en application de la Convention contre la torture adoptée à New York en décembre 1984.

Sadeq Kazem est également visé par l'enquête d'un juge espagnol sur les violences commises par les forces irakiennes dans ce camp de réfugiés iraniens qui avaient fait onze morts en 2009.

L'Irak avait prévu de fermer fin 2011 ce camp situé à 80 km au nord-est de la capitale près de la frontière avec l'Iran, où l'ancien président Saddam Hussein avait installé l'Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), dont les membres avaient combattu contre le régime de Téhéran durant la guerre avec Iran-Irak (1980-1988).

Le transfert des quelque 3.400 personnes du camp d'Achraf vers le camp Liberty, commencé en février et achevé aux deux tiers, est interrompu depuis le 5 mai.

Cette organisation a été fondée dans les années 60 pour combattre le Chah d'Iran, puis peu après la Révolution islamique de 1979, elle avait tourné ses armes contre les nouveaux dirigeants. Elle a annoncé en 2001 avoir renoncé à la violence.

L'OMPI figure depuis 1997 sur la liste des organisations terroristes établie par les Etats-Unis, en dépit des tentatives répétées de ce groupe d'obtenir sa radiation.

A deux reprises, le gouvernement irakien a mené des raids meurtriers contre ce site, en juillet 2009 puis en avril 2011 quand au moins 36 personnes avaient été tuées.

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