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Les islamistes prévoient de boycotter les prochaines élections en Jordanie

20/06/2012 06:06 EDT | Actualisé 20/08/2012 05:12 EDT

Les islamistes ont indiqué mardi qu'ils prévoyaient de boycotter les élections anticipées attendues cette année en Jordanie, au lendemain de l'adoption par le Parlement d'une nouvelle loi électorale qu'ils considèrent comme "arriérée".

"Nous sommes en contact avec des partis politiques centristes et d'autres groupes pour former un +gouvernement fantôme+ et un +Parlement fantôme+, ce qui signifie un boycott ferme des élections générales", a déclaré à l'AFP Zaki Bani Rsheid, le numéro deux des Frères musulmans jordaniens.

"Nous nous attendons à ce que beaucoup boycottent le scrutin. Ceux qui parient sur une participation du mouvement islamiste se trompent", a-t-il ajouté.

La nouvelle loi, qui entrera en vigueur après son approbation par le roi Abdallah II, augmente le nombre de sièges au Parlement de 120 à 140, avec un quota pour les femmes passant de 12 à 15 sièges.

Selon le nouveau texte, les votants devront choisir deux bulletins: un pour des candidats individuels dans leur gouvernorat et un pour les partis politiques ou les coalitions dans la nation entière.

Mais seulement 17 sièges peuvent être disputés par des candidats représentant des partis politiques ou des coalitions, le reste étant attribué à des candidats non affiliés.

"C'est une loi arriérée et provocatrice qui ne va pas aboutir à une chambre basse représentative. Elle n'honore pas ceux qui manifestent pour des réformes depuis l'année dernière. Elle va tuer la vie politique", a affirmé M. Bani Rsheid.

Les Frères avaient déjà boycotté les dernières élections anticipées organisées en 2010 pour protester contre le système uninominal à un tour, estimant qu'il surreprésentait les zones rurales considérées comme loyales au gouvernement au détriment des zones urbaines vues comme des bastions islamistes.

Le roi pousse à organiser des élections avant la fin 2012, alors que la Jordanie a été touchée par des manifestations, petites mais régulières, dans la foulée du Printemps arabe, en faveur de réformes politiques et économiques.

"Avec cette loi, les élections vont aboutir à une crise, pas à une solution", a averti M. Bani Rsheid.

Dans un entretien publié mercredi par quotidien Al-Hayat, basé à Londres, le roi estime que la position des islamistes au sujet des réformes politiques "est dictée par des considérations objectives et des données régionales".

Les islamistes demandent de façon répétée des réformes de fond, qui conduiraient à un système parlementaire, dans lequel le Premier ministre serait élu au lieu d'être nommé par le roi.

Dénonçant une "loi d'exclusion", l'analyste politique Labib Kamhawi a déclaré à l'AFP que "boycotter les élections ne sera pas suffisant". "Les gens devraient agir massivement pour contester la légitimité de ces élections si elles sont organisées conformément à cette loi, a-t-il ajouté.

"La loi échoue à satisfaire les attentes de la population à la suite du Printemps arabe. Tous les pouvoirs politiques vont s'y opposer", a renchéri Mohammed Masri, chercheur au centre des études stratégiques de l'Université de Jordanie.

"Avec cette loi, le futur Parlement a déjà perdu une part de sa légitimité. Une autre part sera perdue si le peuple boucotte les élections", a-t-il dit, en soulignant que "la Jordanie faisait face à une nouvelle crise politique".

De son côté, le député indépendant Khalil Atteih a pressé les islamistes de ne pas boycotter le scrutin. "Nous comprenons que c'est une loi controversée qui ne satisfait pas tous les pouvoirs politiques mais je pense que boycotter ces élections (...) ne changera rien", a-t-il dit.

"Les islamistes devraient y participer et ensuite travailler à améliorer la loi", a-t-il précisé.

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