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Jean Charest est en partie déçu du résultat du Sommet de Rio de Janeiro

20/06/2012 10:06 EDT | Actualisé 20/08/2012 05:12 EDT

RIO DE JANEIRO - Le premier ministre Jean Charest est en partie déçu du résultat de la Conférence des Nations unies sur le développement durable qui s'est ouverte, mercredi, à Rio de Janeiro, au Brésil.

Son avis est partagé par l'écologiste Steven Guilbault, qui est aussi sur place à titre de coprésident du Réseau Action Climat.

M. Charest passe la semaine à Rio pour assister au sommet et à des activités en marge de ce rendez-vous international, mais il ne peut prendre la parole sur la tribune de l'assemblée, parce qu'il n'est pas représentant d'un État indépendant membre de l'ONU. C'est le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, qui s'adressera à l'assemblée au nom du Canada vendredi en journée.

Au cours d'un point de presse mercredi au centre des congrès de Rio, M. Charest a déclaré qu'il aurait aimé que l'imposante déclaration officielle proposée avant le début de la conférence, et qui sera vraisemblablement adoptée vendredi, soit davantage ambitieuse, dans les engagements à prendre pour en arriver à une économie plus verte.

«Le texte, comme tel, ne va pas aussi loin, certainement, que nous l'aurions souhaité, surtout pour ceux qui étaient là il y a 20 ans et pour qui Rio était un grand chantier dans lequel on a fait avancer plusieurs choses», a dit M. Charest.

En effet, Rio+20 est un sommet anniversaire, puisqu'il y a 20 ans, l'ONU avait organisé un premier grand rassemblement sur l'environnement et l'économie au même endroit. Jean Charest était à l'époque ministre fédéral de l'Environnement et chef de la délégation canadienne.

Le premier ministre a ses hypothèses pour expliquer ce manque d'audace, ce refus des États de s'engager. Les circonstances ne s'y prêtent guère, selon lui, en raison des turbulences économiques actuelles.

«Le contexte était plutôt mal choisi avec la crise financière. Aussi, quatre pays du Conseil de sécurité de l'ONU sont en transition de gouvernement. Cela n'aide pas à concentrer les efforts vers un événement comme celui-ci», a-t-il dit.

De fait, les grands leaders de ce monde sont absents du sommet, à l'exception du nouveau président français, François Hollande, qui a fait une apparition.

Jean Charest regrette également que le texte soit plutôt flou sur la place qu'occuperont l'environnement et le développement durable dans les institutions comme la Francophonie. Toutefois, il se réjouit de la reconnaissance du rôle des États fédérés, comme le Québec, les provinces, les États américains et les gouvernements régionaux dans les efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES).

«Depuis des années, le Québec se bat, a-t-il fait valoir. Nous avons été des leaders dans les forums internationaux là-dessus. Nous avons aujourd'hui une reconnaissance (...) qui est incontournable, car 60 à 80 pour cent du travail de mise en oeuvre des ententes internationales relève de nous (les États fédérés). Il y a un gain important pour le Québec, je m'en réjouis.»

Et selon lui, le déclic dans les autres pays se produira quand on associera enfin la croissance économique et les emplois avec le virage vert, puisque la recherche et le développement en environnement, le développement durable, sont rentables.

Quant à Steven Guilbault, il s'est dit pessimiste sur l'aboutissement de ce sommet, mais optimiste sur la «vague de fond» à long terme qui poussera tous les pays à effectuer un virage vert, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

«On savait déjà que le niveau d'ambition pour Rio+20 était très faible, a-t-il dit en entrevue, dans un des lieux de rassemblement du sommet. Il y a quelque chose de paradoxal. Il y a beaucoup de choses qui ont avancé (en environnement en 20 ans), mais nos chefs d'États, eux, ne sont pas prêts à faire preuve du même niveau d'ambition et de courage qu'il y a 20 ans pour s'attaquer aux problèmes. C'est quelque chose de difficilement compréhensible.»

Il a attribué ce recul à la toute-puissance du lobby du pétrole qui, au total dans le monde, reçoit entre 750 et 1000 milliards $ en subventions des gouvernements, a avancé M. Guilbault.

Il a rappelé aussi que le Canada, le gouvernement fédéral plus précisément, faisait figure de cancre à l'échelle internationale. Le Réseau Action Climat a même remis deux prix «Fossile» au Canada pour son mauvais exemple de pollueur.

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