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20/06/2012 08:58 EDT | Actualisé 20/08/2012 05:12 EDT

L'Equateur étudie la menace d'une condamnation à mort d'Assange aux États-Unis

PA

L'Equateur examine le risque d'une condamnation à mort aux Etats-Unis avancé par le fondateur de WikiLeaks Julian Assange pour justifier sa demande d'asile, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Ricardo Patino, affirmant la volonté de Quito de "protéger le droit à la vie".

"Nous sommes en train d'étudier le risque d'être jugé pour des motifs politiques et la possibilité d'être condamné à mort (aux Etats-Unis) dénoncés par M. Assange", a annoncé sur son compte Twitter le ministre, qui participe au sommet de l'ONU sur le développement durable Rio+20 au Brésil.

La demande d'asile de Julian Assange à l'Equateur, qui a toujours affiché sa sympathie envers le fondateur de WikiLeaks, offre au président Rafael Correa l'occasion de redorer une image ternie par sa bataille contre les médias d'opposition.

Au pouvoir depuis 2007, ce dirigeant de gauche, qui jouit d'une réelle popularité pour ses programmes sociaux, est en guerre contre une partie de la presse privée, à laquelle il reproche de vouloir préserver les milieux d'affaires.

Or, cette croisade contre la "presse corrompue" a été précisément l'un des sujets retenus par M. Assange durant son interview du chef d'Etat équatorien réalisée en avril dernier.

L'Australien de 40 ans, réfugié depuis mardi à l'ambassade d'Equateur à Londres pour échapper à une extradition vers la Suède, a défendu la vision de M. Correa sur les médias privés accusés d'avoir censuré pour des "raisons politiques" les documents confidentiels américains dévoilés par WikiLeaks, dont près d'un millier concernant le pays latino-américain.

Dans une lettre adressée au président équatorien, M. Assange déclare que son travail est de "publier des informations qui compromettent les puissants", affichant l'espoir que l'Equateur lui permettrait de "poursuivre sa mission".

Cette requête pourrait ainsi donner à M. Correa, critiqué par des associations internationales comme Reporters Sans Frontières (RSF), l'occasion de se présenter en défenseur de la liberté d'expression.

"Cette convergence d'intérêt peut s'avérer utile pour lui donner une image plus équilibrée dans ce domaine", a affirmé à l'AFP Marco Romero, directeur de la chaire de Relations internationales à l'Université Andine de Quito.

Cet expert n'écarte pas la possibilité que Quito donne une réponse favorable à la demande d'asile, une décision qui serait "cohérente avec les antécédents".

"Nous sommes un pays de liberté", a brièvement commenté mercredi M. Correa en marge de la conférence de l'ONU Rio+20 au Brésil, selon un communiqué de la présidence.

Dans un entretien à la télévision australienne, le vice-ministre équatorien des Affaires étrangères Marco Albuja, a précisé que le président allait "donner ses instructions demain", jeudi.

M. Correa a multiplié, au cours des deux dernières années, les messages de soutien à Assange, lui souhaitant la bienvenue au "club des persécutés" ou estimant qu'il avait été "lynché médiatiquement" pour avoir "mis en échec les Etats-Unis". L'idée d'un asile politique avait même été suggérée fin 2011 par un des membres de son gouvernement sans être toutefois retenue.

Entre-temps, le chef de l'Etat, candidat à sa succession à la présidentielle de 2013, n'a pas cessé d'essuyer des critiques sur son attitude envers la presse d'opposition.

Dans une déclaration à l'AFP à Genève, le rapporteur spécial de l'ONU sur la protection du droit à la liberté d'expression, Frank La Rue, lui a reproché mercredi de générer un "mécanisme de censure".

En février, M. Correa a fait condamner à une lourde amende et des peines de prison les responsables du principal quotidien du pays, El Universo, pour un éditorial jugé offensant, avant d'accorder une amnistie.

Selon l'ONG Fundamedios, observatoire des médias équatoriens, la "chasse" continue avec des fermetures de médias et récemment l'interdicion fait aux ministres d'accorder des entretiens aux journaux privés.

Pour son directeur, Cesar Ricaurte, M. Correa "prend des positions de plus en plus radicales contre la presse" et un feu vert à la demande d'asile politique serait "vu d'un mauvais oeil par la majorité des gouvernements".

Mercredi, un groupe de partisans de M. Assange a manifesté à Quito en faveur de l'octroi du droit d'asile, avant le lancement d'une pétition en ligne sur le site du collectif hispanophone oiga.me.