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En fuite vers le Sud, des Soudanais se nourrissent d'écorces et de feuilles

20/06/2012 04:27 EDT | Actualisé 19/08/2012 05:12 EDT

Epuisées et affamées, près de 35.000 personnes ont fui les bombes dans l'Etat soudanais du Nil Bleu ces dernières semaines pour se réfugier au Soudan du Sud voisin, beaucoup ne survivant qu'en rongeant des écorces et en mâchant des feuilles d'arbres pendant leur périple.

"Nous avions emporté un peu de sorgho avec nous et de l'eau (...) mais nous nous sommes retrouvés à court de nourriture et nous avons dû manger les feuilles des arbres", explique Hawa Jema, en avalant un soluté de réhydratation, dans les 40 degrés étouffants de la clinique gérée par Médecins sans Frontières (MSF).

Ces personnes ont échoué dans un camp de transit simplement appelé Kilomètre 18, situé à une cinquantaine de km de la frontière entre les deux Soudans, et qui tire son nom du fait qu'il est à 18 km de Jamam, le camp de réfugiés le plus proche.

"Sur le chemin, des gens sont morts à cause du manque d'eau", ou de l'eau insalubre. "Certains sont morts parce qu'ils étaient trop faibles pour marcher", poursuit-elle. Hawa Jema, elle, a eu la chance, en fuyant accompagnée de sa famille, de pouvoir emmener avec elle quelques chameaux.

Non loin de là, un gamin et sa petite soeur tailladent furieusement la moelle de la souche d'un jeune arbre et se fourrent les petits morceaux blancs de bois tendre dans la bouche.

Assise sur un tapis, Anima Hassan Omer, tout juste arrivée au camp, berce sa petite-fille Khalifa. Autour d'elle des mères nourrissent des bébés aux genoux protubérants et à la peau trop large pour leur corps décharné, avec des petites boules de Plumpy'nut, une pâte énergétique de renutrition à base d'arachide.

La mère de Khalifa a disparu durant le voyage, alors qu'elle était partie chercher de l'eau. Le bébé a dû se contenter d'eau insalubre pour survivre.

"Nous avons fui à cause des bombes, celles des (avions) Antonov, celles de soldats sur le terrain et celles (de l'artillerie lourde) arrivant de loin", raconte sa grand-mère. "Nous avons tout perdu. Nous n'avons plus de draps, plus de vêtements, pas même un seau en plastique".

Quelques heures plus tard, la petite Khalifa a été transférée d'urgence à l'hôpital de MSF dans le camp de Jamam, pour une renutrition intensive, car elle est incapable de garder l'eau ou la pâte d'arachide. Selon l'ONG, elle est arrivée in extremis à la clinique du kilomètre 18.

Ali Osman montre, lui, une blessure laissée sur sa jambe par un éclat d'obus.

"Alors que nous partions, l'armée a lâché de grosses bombes et j'ai été blessé à la jambe", explique Osman qui a fui avec ses cinq enfants son village de Jam, dans le comté de Bau.

"Durant cinq jours, nous n'avions plus de nourriture. Nous avons mangé des feuilles d'arbres et bu n'importe quelle eau que nous pouvions trouver sur la route", raconte-t-il.

La pénurie de nourriture et d'eau a suivi les réfugiés jusque dans le camp. "Nous manquons d'eau, de sanitaires et de latrines ce qui provoque de nombreux cas de diarrhée", explique le Dr Erna Rijnierse, de MSF.

"Nous voyons une hausse importante du nombre de consultations. Nous en avons eu 500 la semaine dernière, nous en sommes déjà à 900 à la moitié de la semaine".

Selon MSF, les niveaux de malnutrition sont au-delà des seuils d'urgence, surtout chez les enfants de moins de cinq ans, et la diarrhée peut s'avérer aisément fatale chez des réfugiés affaiblis par le temps passé sans nourriture et sur la route.

"Vous êtes déjà vulnérable, vous n'avez que peu à manger et vous êtes réfugié depuis quatre semaines: si vous souffrez de diarrhée il est facile de franchir la ligne qui sépare un enfant normal d'un enfant sous-alimenté", souligne le Dr Rijnierse.

A cela s'ajoutent des abris inadaptés et le manque de moustiquaires, qui entraînent maladies respiratoires et paludisme chez les réfugiés.

Les puits en nombre limité au kilomètre 18 s'assèchent rapidement, malgré les pluies qui s'annoncent et qui vont rendre les routes d'accès au camp de transit impraticables. Et les agences humanitaires s'attendent à l'arrivée prochaine de nombreux autres réfugiés.

"Nous courons contre deux montres" en même temps, résume le Dr Rijnierse.

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