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Chypre va se résoudre à demander l'aide de l'UE, mais aussi de la Russie

20/06/2012 12:13 EDT | Actualisé 20/08/2012 05:12 EDT

La République de Chypre, qui va prendre la présidence de l'Union européenne le 1er juillet, s'apprête à demander l'aide de l'UE pour renflouer son système bancaire, mais aussi celle de la Russie.

Nicosie va demander à Moscou de lui prêter entre 3 et 5 milliards d'euros dès cette semaine, et solliciter l'aide de la zone euro pour ses banques "probablement la semaine prochaine", a indiqué mercredi à l'AFP une source diplomatique européenne à Bruxelles, sous couvert d'anonymat.

Le gouvernement chypriote n'a pas confirmé cette information mais avait laissé entendre que, s'il demandait une telle aide, il le ferait avant le 30 juin. Cette date est l'échéance fixée à la deuxième banque du pays, Popular Marfin Bank, pour obtenir les 1,8 milliard d'euros nécessaires à sa recapitalisation.

A Bruxelles, on s'attend à ce que Chypre "règle d'abord la question du prêt bilatéral et dépose la demande pour les banques probablement la semaine prochaine", a indiqué cette source au fait des discussions. L'aide européenne, qui se ferait sur le modèle du sauvetage que l'Espagne va obtenir pour son secteur bancaire, pourrait être de la même ampleur que le prêt russe.

Ce n'est pas la première fois que Chypre recourt à l'aide de la Russie, les deux pays entretenant d'étroites relations culturelles et économiques.

Moscou a déjà accordé un prêt à taux bonifié de 2,5 milliards d'euros aux autorités chypriotes pour combler leur trou budgétaire en 2012.

Chypre a pris de plein fouet la crise économique et financière qui secoue la Grèce, un autre de ses partenaires économiques et culturels privilégiés. Outre le ralentissement des échanges, plusieurs banques chypriotes ont du considérablement réduire la valeur des obligations grecques qu'elles détenaient.

Popular Marfin Bank, créée par Andreas Vgenopoulos, un Grec venu s'installer à Chypre, a été la plus touchée. En avril, la banque avait révisé à la hausse ses pertes pour 2011, qui ont atteint le montant record de 3,65 milliards d'euros en raison d'une dévaluation de 76% de son portefeuille d'obligations souveraines grecques, dont elle détient pour une valeur nominale de 3,052 milliards d'euros.

Le gouvernement chypriote, dirigé par Demetris Christofias, un communiste, a manifesté sa volonté de tenter de limiter l'aide de l'Union européenne au seul secteur bancaire.

Sa crainte est de devoir à défaut s'astreindre à un programme macroéconomique d'austérité qui pourrait notamment se traduire par l'abandon du taux d'imposition très favorable de 10% qui s'applique aux entreprises. Ce taux incite de nombreuses filiales de sociétés étrangères à s'installer sur l'île méditerranéenne.

Mais Chypre, qui a rejoint l'Union européenne en 2004 et adopté l'euro en 2008, est actuellement coupé des sources de financement des marchés internationaux en raison des abaissements successifs de sa note souveraine par les agences de notation qui l'ont reléguée dans la catégorie "spéculative".

En abaissant encore la note le 13 juin, l'agence de notation Moody's a estimé que le plan d'aide aux banques de Chypre pourrait s'élever à un montant atteignant 10% du Produit intérieur brut (PIB) -- de l'ordre de 18 milliards d'euros -- au lieu des 5% à 10% précédemment envisagés.

Le gouvernement est actuellement engagé dans un plan de redressement des finances publiques visant à faire repasser sous les 3% du PIB le déficit budgétaire, contre plus de 6% actuellement.

Sans aide extérieure, il court le risque de se retrouver à court de liquidités alors qu'il exercera la présidence de l'Union européenne, considérée à Nicosie comme l'opportunité de mieux se faire connaître du reste de l'Europe dont il est le membre le plus oriental.

La situation de Chypre est inscrite au menu de la réunion des ministres des Finances de la zone euro jeudi à Luxembourg, a indiqué mardi un responsable européen, sans donner plus de précisions.

bur-jld/cnp

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