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Rio: le Canada accusé d'avoir affaibli le nouveau plan d'action environnemental

19/06/2012 03:54 EDT | Actualisé 19/08/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Les négociateurs canadiens et ceux d'une centaine de pays ont signé, mardi, la version préliminaire d'un plan d'action pour le développement durable de la planète, mais les critiques affirment que le Canada a largement contribué à affaiblir cette entente.

Après avoir passé des mois à essayer de compiler toutes les propositions, les responsables en matière d'environnement ont finalement réussi à s'entendre au sommet de Rio+20, au Brésil, et à produire une «vision» comportant 283 points que les leaders et politiciens devront ratifier plus tard cette semaine.

Dans le document, les gouvernements promettent de travailler de concert avec la société civile afin de renouveler leur engagement envers le développement durable, et faire la promotion d'un avenir économique, social et environnemental durable pour les générations présentes et futures.

L'accord obligerait les pays à adopter immédiatement des mesures draconiennes pour lutter contre les changements climatiques, à augmenter leur aide aux pays en voie de développement, et à établir une série d'objectifs à long terme pour réduire la pauvreté et prévenir le réchauffement de la planète.

Mais certains observateurs soutiennent que le plan d'action est faible en ce qui a trait aux échéanciers et aux engagements fermes, en plus de comporter des lacunes concernant la protection des océans.

«Dans sa version actuelle, le texte est vraiment faible et constitue une trahison envers la population et la planète», a écrit Cameron Fenton, directeur de la Coalition canadienne des jeunes pour le climat, dans un courriel depuis Rio. «Le Canada a tout fait pour ne pas s'impliquer dans le processus, ainsi que pour atténuer les formulations ambitieuses et éliminer les engagements.»

Environ 50 000 délégués et militants se sont rendus dans la capitale brésilienne cette semaine. Des dizaines de chefs d'État s'y réuniront mercredi et jeudi, mais plusieurs pays industrialisés ont envoyé des ministres à la place de leur leader.

Le ministre canadien de l'Environnement, Peter Kent, est arrivé mardi après-midi et devait rencontrer les délégations provinciales en soirée. Les premiers ministres du Québec et du Manitoba sont tous les deux à Rio en compagnie de représentants et de ministres d'autres provinces.

Les environnementalistes accusent le Canada d'être en partie responsable de la faiblesse du plan d'action, notamment parce qu'il s'est prononcé contre une nouvelle entente qui aurait permis de mieux protéger la biodiversité en haute mer dans les zones qui ne sont contrôlées par aucun pays.

L'Europe, certains pays émergents et plusieurs groupes écologistes espéraient que les leaders accepteraient d'élaborer un nouvel accord pour protéger les habitats marins et surveiller l'exploitation minière sous-marine.

Mais les négociateurs ont plutôt choisi de discuter davantage et de décider plus tard.

«C'est un gros échec pour Rio, surtout parce qu'il était présenté comme le 'sommet des océans'», a affirmé Susanna Fuller, coordonnatrice pour la conservation marine au Centre d'action écologique de Halifax, qui était présente dans la salle des négociations.

Selon Mme Fuller, il faut absolument qu'une entente internationale soit signée afin de prévenir la destruction des habitats marins et la pollution des océans, même si les accords régionaux et en matière de pêche encadrent déjà certains aspects dans quelques zones.

Charles Latimer, responsable de la campagne océan pour Greenpeace Canada, a précisé que les pays en développement comptaient plus particulièrement sur un nouveau pacte protégeant la biodiversité des mers afin que tous les bienfaits découlant des ressources génétiques marines soient partagés pour le bien commun.

Le Canada, les États-Unis, la Russie et le Venezuela ont plutôt uni leurs efforts pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de nouvel accord à ce sujet, a révélé Susanna Fuller.

Un porte-parole du ministre Kent a expliqué que le Canada participait déjà à un processus visant à protéger les océans et qu'un autre accord aurait nui à ce mécanisme.

Mais les critiques croient que d'autres motifs se cachent derrière l'opposition du Canada. Ils soutiennent que les entreprises canadiennes ont des intérêts dans l'exploitation minière sous-marine qui pourraient être menacés par une nouvelle entente sur la biodiversité marine.

Le Canada commence également à avoir la réputation de faire tout en son pouvoir pour empêcher la signature de nouveaux accords environnementaux, a aussi estimé Mme Fuller. «En général, le gouvernement actuel n'est pas très enclin à soutenir les lois et les ententes en matière d'environnement», a-t-elle indiqué, soulignant que cette attitude détonnait avec celle plus constructive qu'avait le pays par le passé.

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