L'ex-président égyptien Moubarak est cliniquement mort

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LE CAIRE, 19 juin 2012 (AFP) - L'ex-président égyptien Hosni Moubarak était mardi soir en état de "mort clinique" après une attaque cérébrale, a annoncé l'agence officielle Mena, mais une source médicale a affirmé qu'il était dans le coma et que les médecins tentaient de le ranimer.

Un peu plus de deux semaines après sa condamnation à perpétuité pour la mort de manifestants durant le soulèvement qui l'a renversé en février 2011, M. Moubarak, 84 ans, est "cliniquement mort", selon la Mena.

"Son coeur a arrêté de battre et il a été soumis à un défibrillateur plus d'une fois mais il n'a pas réagi", a-t-elle ajouté.

Mais un peu plus tard, une source médicale a indiqué à l'AFP qu'il était "dans le coma". "Les médecins tentent de le ranimer. Il a été mis sous appareil respiratoire", a-t-elle précisé.

L'ancien président avait auparavant transféré en ambulance de l'aile médicalisée de la prison de Tora, dans le sud du Caire, vers l'hôpital militaire de Maadi, à quelques kilomètres de là.

L'agence Mena avait un peu plus tôt rapporté qu'il avait été victime d'une attaque cérébrale après une rapide dégradation de son état de santé.

"Le coeur de l'ancien président Hosni Moubarak (...) s'est arrêté et il a été soigné à l'aide d'un défibrillateur", selon l'agence, en ajoutant que son "état de santé est entré dans une phase grave".

M. Moubarak avait déjà subi le 11 juin une défibrillation à deux reprises après des arrêts cardiaques.

La santé de M. Moubarak aurait commencé à décliner après son incarcération, des sources de sécurité faisant état de dépression aiguë, de difficultés respiratoires et d'hypertension.

"Coup constitutionnel"

Cette nouvelle intervient au moment où des milliers d'Egyptiens ont manifesté place Tahrir au Caire pour dénoncer le "coup constitutionnel" des militaires au pouvoir, qui viennent de s'octroyer de vastes prérogatives leur permettant de rester aux commandes quelle que soit l'issue de l'élection présidentielle.

Les deux protagonistes du vote qui s'est achevé dimanche, le Frère musulman Mohammed Morsi et l'ancien Premier ministre de Hosni Moubarak Ahmad Chafiq, assurent chacun avoir gagné, en attendant les résultats officiels jeudi.

Les appels à manifester ont été lancés par des organisations de jeunes militants pro-démocratie rejoints par les Frères musulmans, première force politique d'Egypte et rivaux historiques des militaires qui dominent le système depuis la chute de la monarchie en 1952.

"La dissolution du Parlement est nulle et non avenue, le conseil militaire doit partir, et maintenant la légitimité c'est celle du peuple qui a élu Morsi", a estimé Abdel Basset Mohieddine, partisan des Frères musulmans.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la chute de M. Moubarak, a confirmé lundi sa volonté de remettre l'exécutif au futur président avant la fin juin.

Mais le prochain chef de l'Etat se trouvera en pratique dans l'incapacité de faire passer la moindre loi sans l'assentiment des militaires, qui ont décidé de récupérer à leur compte le pouvoir législatif à la suite de la dissolution de l'Assemblée du peuple, dominée par les islamistes.

Coquille vide

Cette dissolution a été prononcée samedi par l'armée sur la base d'une décision de justice invalidant le mode de scrutin des législatives (novembre-janvier) et une nouvelle assemblée ne devrait pas être élue avant la fin de l'année.

Les Frères musulmans et d'autres mouvements y voient un "coup d'Etat constitutionnel" au profit du CSFA, transformant dans les faits la présidence en coquille vide.

L'armée se réserve aussi le droit d'intervenir dans le processus de rédaction de la future Constitution selon la "Déclaration constitutionnelle complémentaire" publiée dimanche par le CSFA, au moment où les urnes fermaient pour le second tour de la présidentielle.

M. Morsi a revendiqué dès lundi la victoire à la présidentielle sur la base de résultats provisoires qui lui donneraient 52% des voix. Son équipe de campagne a répété mardi qu'il avait réalisé ce score après un décompte de l'intégralité des bulletins.

Mais le camp opposé a vivement protesté, assurant que M. Chafiq, général à la retraite, était en tête.

"Nous sommes certains que le prochain président de l'Egypte est le général Ahmed Chafiq", a dit Ahmed Sarhane, l'un de ses porte-parole. Son camp assure que l'ancien Premier ministre a récolté 51,5% des suffrages.

Les décisions de l'armée de renforcer son pouvoir sèment le doute sur l'ensemble du processus électoral, ont estimé des observateurs du Centre Carter de l'ex-président américain Jimmy Carter.

La France et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon ont pour leur part appelé à un transfert "rapide" du pouvoir aux "autorités civiles élues démocratiquement".