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L'opposition accuse Charest de ne pas prévoir de fonds pour protéger le Nord

19/06/2012 08:59 EDT | Actualisé 19/08/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Jean Charest est au Sommet de Rio de Janeiro pour vanter son Plan Nord, mais il ne consacre pas un sou à la conservation de ce territoire qu'il est censé protéger, dénonce l'opposition et des organismes écologiques.

Le premier ministre passe la semaine au Brésil où il est encensé pour ses projets environnementaux, mais le Parti québécois et l'Initiative boréale canadienne (IBC) veulent attirer l'attention sur les zones d'ombre du Plan Nord.

Jean Charest participe à plusieurs activités en marge de la Conférence des Nations unies sur le développement durable qui s'ouvre mercredi. Il a été salué et honoré maintes fois depuis dimanche pour ses efforts et son leadership en matière d'environnement, notamment la Bourse du carbone, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, et surtout, le Plan Nord. Cependant, il faut se méfier des belles paroles, laisse entendre le PQ, ainsi que la présidente de l'IBC, Suzanne Méthot.

«Le gouvernement de M. Charest est surtout occupé à dilapider les ressources du Nord plutôt qu'à le conserver», a fait savoir, dans une entrevue, mardi, le porte-parole péquiste en matière d'environnement, Scott McKay, qui est aussi à Rio de Janeiro.

«Malgré le beau langage, on s'aperçoit que la peinture verte s'écaille sur le discours de M. Charest», a-t-il ajouté.

Le gouvernement veut protéger 50 pour cent du territoire du Plan Nord contre toute activité industrielle. Or, le budget de mars dernier consacre 1,2 milliard $ aux infrastructures du Plan Nord pour l'année 2012-2013, tandis qu'en contrepartie, aucune enveloppe n'a été réservée pour la conservation, même si le ministère du Développement durable a déjà une connaissance des zones à protéger.

«La philosophie du gouvernement, c'est: profitons le plus rapidement de l'exploitation des ressources naturelles pendant que les prix sont élevés, pour la conservation du territoire, on repassera!» a déploré M. McKay, sur les lieux du sommet de Rio qui s'ouvre mercredi.

C'est «un empressement qui est dangereux pour les Québécois», a-t-il ajouté. En fait, en matière de conservation, il n'a trouvé qu'un budget de 1,6 million $ pour un laboratoire mobile en cas de désastre environnemental.

Selon lui, «1,6 million $, c'est un contraste par rapport aux 1,2 milliard $» en infrastructures pour le Plan Nord.

Ainsi, le «principe de précaution» propre au développement durable, qui consiste à tout prendre en compte sur le plan écologique avant de se lancer dans un projet économique, est mis à mal, a laissé entendre l'Initiative boréale canadienne. L'organisme fait remarquer que le ministère du Développement durable a déjà toutes les données qu'il faut pour agir en protection du territoire, mais ne le fait pas, pendant que les projets miniers battent déjà leur plein dans le Nord, plus d'une vingtaine en 2012.

«Après l'acquisition des connaissances (sur les territoires à protéger), il faut faire la job, cette job doit être faite, la planification équilibrée, entre la protection des écosystèmes et le développement durable, et il n'y pas d'argent (réservé à cette fin)», a semoncé la présidente de l'IBC, Suzanne Méthot, dans une entrevue, sur le site d'un salon environnemental où des pays et organismes disposent de pavillons pour montrer leur savoir-faire environnemental.

L'Initiative boréale canadienne avait fait des démarches auprès du gouvernement Charest, avant le dépôt du budget, pour que 100 millions $ par année, pendent trois à cinq ans, soient consacrés à la protection du territoire, soit une somme qui correspond aux besoins, selon les estimations. Mais le budget du ministre des Finances Raymond Bachand n'a rien retenu de ces suggestions.

En Ontario pourtant, pour un plan de développement du Nord qui est similaire, le gouvernement a réservé 20 millions $ par année pour la planification de la protection du territoire, pour un territoire trois fois plus petit sur lequel se trouvent deux fois moins de communautés touchées, a commenté Scott McKay. Selon lui, 100 millions $ sur cinq ans pour le Plan Nord aurait dû être un «strict minimum».

Le premier ministre Jean Charest a quant à lui a rétorqué que c'est un «faux débat» et qu'il y a déjà de l'argent à même les enveloppes actuelles des ministères.

«Ces budgets seront augmentés au fur et à mesure qu'on mettra en place les parcs et les aires protégées», a-t-il dit dans un point de presse, au sortir d'un atelier avec divers gouvernements régionaux, organisé par le Climate Group, au Sommet des États fédérés.

«Les budgets vont suivre. Il y a de l'argent qui est là», a-t-il ajouté.

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