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Hadi commence à gagner ses galons de président du Yémen

19/06/2012 08:41 EDT | Actualisé 19/08/2012 05:12 EDT

Le président Abd Rabbo Mansour Hadi a commencé, en remportant un premier succès contre Al-Qaïda dans le sud du Yémen, à gagner ses galons de chef d'Etat mais il reste confronté à d'énormes défis, estiment des analystes.

Mettant en application un engagement pris lors de son élection en février, M. Hadi a envoyé ses troupes déloger les combattants extrémistes de trois villes de la province d'Abyane, dont il est originaire.

Même si l'armée reste divisée, avec une partie toujours commandée par des proches de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, M. Hadi a su motiver ses troupes.

Elles sont venues à bout d'Al-Qaïda à Abyane à l'issue d'une campagne d'un mois qui s'est soldée par un demi-millier de morts, et a provoqué une riposte cinglante du réseau.

"Le président a eu l'occasion d'exercer son autorité et de se débarrasser de cette image d'homme ayant passé sa carrière à l'ombre de son prédécesseur", relève l'analyste yéménite Farès al-Saqaf.

M. Hadi, soutenu par les Etats-Unis, a ainsi montré qu'il était "sérieux dans sa guerre contre Al-Qaïda" à l'inverse de M. Saleh, réputé pour avoir entretenu, malgré une fermeté de façade, des liens ambigus avec le réseau extrémiste.

Militaire de formation, M. Hadi a supervisé la campagne contre Al-Qaïda et envoyé son ministre de la Défense et ses hauts gradés la mettre en oeuvre sur le terrain.

"La campagne a été préparée avec minitie et précédée par la nomination de nouveaux commandants" à la place de ceux réputés proches de l'ex-président, a souligné une source militaire yéménite.

Trois éléments ont joué en faveur de son succès, souligne cette source: "Une volonté politique claire, le soutien logistique et technique venu des Etats-Unis et la participation de supplétifs de l'armée motivés".

"En remportant cette bataille M. Hadi n'a pas gagné la guerre", a averti toutefois M. Saqaf, rappelant que les combattants d'Al-Qaïda se sont dispersés dans les montagnes des vastes provinces de Chabwa et Hadramout, après avoir quitté les villes de Zinjibar, Jaar et Chuqra.

Al-Qaïda a riposté à cette déroute en envoyant un kamikaze assassiner lundi l'artisan du succès de l'armée yéménite, le général Salem Ali Qoton.

"Les combattants d'Al-Qaïda ne vont pas manquer de revoir leur stratégie qui a consisté à occuper des villes", estime Zaïd Sallami, un spécialiste des groupes islamistes.

Le fondateur d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, avait, avant sa mort début mai 2011 au Pakistan, critiqué la stratégie de ses fidèles dans le sud du Yémen consistant à prendre le contrôle de centres urbains.

Un dignitaire de Chabwa qui a joué les intermédiaires entre Al-Qaïda et l'armée, Mohammed Yaslam Bahouda, pense quant à lui que les membres du réseau extrémiste vont privilégier désormais "la guerre secrète et les attaques surprise".

Outre la lutte contre al-Qaïda, le président Hadi, qui dispose de deux ans à la tête du Yémen, doit faire face à de nombreux autres défis.

Il doit batailler à Sanaa pour imposer son autorité et se débarrasser des fidèles de l'ancien président qui contrôlent toujours une partie de l'appareil sécuritaire et des pans entiers des structures de l'Etat.

"Le président Hadi tente d'imposer son autorité à l'Etat et à la société, et il commence à avoir des résultats, mais le pays reste exposé aux coups d'Al-Qaïda et aux turbulences des séparatistes dans le sud et des rebelles chiites dans le nord", relève Neil Partrick, un spécialiste du Golfe.

M. Hadi a réussi à écarter des proches de M. Saleh du commandement de l'armée mais n'a pas encore touché au plus puissant d'entre eux, Ahmad Ali Abdallah Saleh, le fils aîné de l'ancien président.

Les divisions de l'armée et l'agitation des tribus sont autant de facteurs de déstabilisation, selon ce spécialiste.

Le Yémen est secoué par des violences impliquant des militants réclamant l'autonomie du Sud Yémen, ou encore des rebelles zaïdites, appartenant à une branche du chiisme.

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