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Un employé éthiopien de l'ONU jugé coupable de "terrorisme" en Ethiopie

18/06/2012 06:30 EDT | Actualisé 18/08/2012 05:12 EDT

Un employé éthiopien des Nations unies a été déclaré coupable lundi à Addis Abeba de "participation à une organisation terroriste", a annoncé le juge à l'audience.

Le tribunal doit prononcer vendredi la peine infligée à Abdurahman Sheikh Hassan, officier de sécurité de l'ONU dans la région de l'Ogaden (sud-est), accusé de liens avec la rébellion locale du Front national de libération de l'Ogaden (ONLF) et qui risque de cinq à dix ans de prison.

"L'accusé ne nous a pas convaincus qu'il n'avait pas commis de crime (...) il est coupable", a déclaré le juge Mulugeta Kidane, estimant que les témoins de la défense n'avaient pas permis de prouver que M. Hassan n'avait pas de liens avec des membres de l'ONLF. Le mouvement lutte depuis 1984 pour l'indépendance de l'Ogaden, qu'il estime marginalisée par Addis Abeba.

M. Hassan avait été arrêté en juillet dans l'Ogaden après avoir négocié la libération de deux membres du Programme alimentaire mondial de l'ONU (Pam), kidnappés dans cette région reculée, à majorité somali.

Il a été jugé aux termes d'une législation anti-terroriste que, selon des groupes de défense des droits de l'Homme, l'Ethiopie utilise pour étouffer la dissidence politique et la liberté de la presse.

D'ethnie somali et ne parlant pas l'amharique, langue majoritaire en Ethiopie, M. Hassan, vêtu d'une chemise blanche et tenant à la main un chapelet musulman, a accueilli le verdict de façon impassible.

Le Parquet a appelé la Cour a prononcer une peine sévère contre l'accusé, afin qu'elle serve de "leçon".

"Nous voulons que le tribunal considère ceci comme une infraction réellement grave, il a des liens avec l'ONLF et est un réel danger pour le pays", a lancé le procureur à propos de l'accusé.

Son avocat, Netsanet Getahun, a lui demandé la clémence: "Mon client n'a fait de mal à personne, il n'a commis aucun méfait concret (...) nous appelons le tribunal à être clément, car il a déjà purgé un an de prison".

Le co-accusé de M. Hassan, Sherif Baido, décrit par l'acte d'accusation comme un haut responsable de l'ONLF et jugé par contumace, a également été déclaré coupable.

L'accusation s'est appuyée essentiellement sur des enregistrements de conversations téléphoniques entre MM. Hassan et Baido.

Le juge a estimé que les analyses de l'unité anti-cybercriminalité avaient montré que les voix des enregistrements étaient celles des deux accusés.

Sur la base de cette loi antiterroriste contestée, deux journalistes suédois, entrés en Ethiopie depuis la Somalie, ont déjà été condamnés en décembre à 11 ans de prison pour "soutien au terrorisme" après avoir été arrêtés près de la frontière en compagnie de rebelles de l'ONLF qu'ils affirmaient suivre pour un reportage.

La justice éthiopienne doit par ailleurs rendre vendredi son verdict dans le procès de 24 personnes, dont un dirigeant de l'opposition et un journaliste réputé, Eskinder Nega, tous jugés pour "terrorisme" sur la base de cette même loi.

M. Eskinder a été arrêté pour un article critiquant les arrestations effectuées sur les fondements de cette loi anti-terroriste. Selon le Comité de protection des Journalistes (CPJ), onze journalistes indépendants et bloggeurs ont été inculpés de terrorisme depuis 2011.

L'ONG de défense de liberté de la presse estime que cette législation antiterroriste éthiopienne pénalise tout reportage que les autorités jugent favorable aux mouvements d'opposition désignés comme terroristes.

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