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Sud-ouest ivoirien: les déplacés veulent être protégés après les attaques

18/06/2012 11:10 EDT | Actualisé 18/08/2012 05:12 EDT

"On est fatigués de toutes ces attaques!", lance Pauline, une mère de famille. Après des assauts meurtriers dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire, les déplacés hésitent à retourner dans leurs villages malgré l'accalmie, et réclament plus de protection.

Les récentes incursions de bandes armées dans cette région frontalière du Liberia, notamment celle du 8 juin qui a fait 18 morts, dont sept Casques bleus nigériens, ont provoqué selon l'ONU le déplacement de plus de 12.000 habitants, dont une moitié d'enfants, surtout vers la petite ville de Taï et la localité de Para, à 45 km au sud.

Pauline Ahou N'Guessan, qui tient une gargote à Nigré, a quitté son village dès les premiers coups de feu pour se réfugier à Taï, avec ses enfants et plusieurs dizaines de proches.

"Je veux rentrer, mais pour le moment on doute et on a peur", raconte à l'AFP la jeune femme, vêtue d'un simple pagne, qui revient de la mairie où elle s'est renseignée sur les possibilités de retour.

Elle dit avoir survécu dans l'année écoulée à trois attaques, attribuées par le pouvoir à des miliciens et mercenaires basés au Liberia et fidèles à l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. "Nous attendons une garantie sécuritaire avant de partir", insiste Pauline.

"Les gens ont peur de retourner dans les villages", confirme Téré Tehe, maire-adjoint de Taï.

Environ 5.000 personnes se sont réfugiées dans sa ville. Ces déplacés ont reçu des organisations humanitaires de l'aide, nattes ou encore couvertures, avant d'être hébergés dans des familles d'accueil, dans des conditions souvent précaires.

Célèbre pour l'immense forêt profonde qu'elle jouxte, Taï vit à présent au rythme des déplacés. Baluchons sur la tête, des femmes entourées d'enfants circulent dans les rues de terre rouge, croisant sur leur chemin des soldats, fusil en bandoulière.

Les Forces républicaines (FRCI, armée ivoirienne) ont envoyé plusieurs centaines d'hommes en renfort dans la région après les violences, et reçu un soutien accru de l'Opération des Nations en Côte d'Ivoire (Onuci).

Dimanche, plusieurs dizaines d'éléments FRCI sont arrivés en car dans la ville, en plein coeur de la grande région de culture de cacao, dont le pays est premier producteur mondial.

Augustin N'Goran, cultivateur, applaudit au passage d'une patrouille mixte FRCI-Onuci dans son village meurtri de Tiero-Oula. Pour marquer l'événement, il soulève son petit garçon au-dessus de lui.

Ce paysan d'une quarantaine d'années, chaussé de bottes - saison des pluies oblige - et portant un T-shirt siglé "Côte d'Ivoire", est venu rapidement jeter un coup d'oeil sur sa maison, avant de retourner se mettre à l'abri à Taï.

"Nous sommes traumatisés et refusons de prendre le chemin du champ. On prie Dieu pour que la paix revienne", confie-t-il.

Comme d'autres déplacés, encore peu nombreux, Germain N'Dri Kouakou, planteur dans le village voisin de Sakré, est rentré chez lui. Mais il critique un renfort sécuritaire "tardif".

"On se demandait si l'Etat ne nous avait pas oubliés. La région ne fait-elle pas partie de la Côte d'Ivoire?", lâche-t-il. Pour lui, il a fallu la mort des Casques bleus pour en finir avec "l'indifférence" des autorités.

"L'arrivée des renforts rassure la population", affirme le commandant Losseni Fofana, haut responsable des FRCI dans la zone, treillis kaki, béret rouge et épaisses lunettes de soleil.

Mais pour les humanitaires, le temps presse. "L'objectif principal à atteindre est que le plus vite possible" l'axe Taï-Para "soit sécurisé" et que "le droit des personnes civiles soit respecté", souligne Jocelyn Brousseau, du Conseil danois pour les réfugiés (DRC).

"On a constaté une certaine accalmie, dit-il, mais la situation reste très volatile".

ck/tmo/jpc

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