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L'Ethiopie accusée de déplacement forcé de populations dans la vallée de l'Omo

18/06/2012 04:40 EDT | Actualisé 17/08/2012 05:12 EDT

Le gouvernement éthiopien déplace par la force des populations de la vallée de l'Omo, dans le sud du pays, au profit de plantations de canne à sucre et de coton, a affirmé lundi l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW).

Le gouvernement éthiopien a réfuté ces accusations, assurant que tout déplacement d'habitants se faisait sur la base d'un strict volontariat.

"Le gouvernement éthiopien déplace par la force des communautés du sud de la vallée de l'Omo sans consultation ni compensation adéquate", affirme HRW. Un responsable de l'organisation a estimé entre 5.000 à 10.000 personnes le nombre de personnes déplacées.

Environ 100.000 hectares de la vallée de l'Omo sont destinés à des projets agricoles et plusieurs plantations étatiques de canne à sucre et de coton sont déjà en activité.

Mais le porte-parole du gouvernement, Bereket Simon, a assuré à l'AFP "qu'il n'y avait aucune éviction forcée de gens hors de chez eux". "La politique du gouvernement à ce propos est de dialoguer avec la population, et s'il s'avère qu'il faut déplacer des gens, cela se passe à partir (...) d'une communication ouverte".

Pour l'organisation américaine des droits de l'homme au contraire, "des représentants du gouvernement ont procédé à des arrestations arbitraires, à des détentions, des passages à tabac et à d'autres types de violence contre les habitants du sud de la vallée de l'Omo qui mettent en question les plans de développement ou qui s'y opposent".

La plupart des 200.000 habitants de la vallée de l'Omo -- dont la partie méridionale est classée par l'Unesco au patrimoine mondial de l'Humanité -- sont des paysans, qui utilisent notamment les crues de l'Omo comme méthode traditionnelle de culture, ou des nomades éleveurs de bétail.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ou de l'environnement estiment également que la construction en cours sur l'Omo de ce qui doit être le plus haut barrage d'Afrique, un projet baptisé Gibe III déjà réalisé pour moitié, va mettre en péril les modes de vie traditionnels de ces populations, et assécher une partie du Lac Turkana, en aval, au Kenya voisin.

Quatre millions d'hectares en Ethiopie, un pays de plus de 90 millions d'habitants qui connaît depuis une décennie un des taux de croissance les plus élevés du continent, doivent faire l'objet de projets de développement économique selon un ambitieux plan gouvernemental.

"Le souhait du gouvernement éthiopien d'accélérer le développement économique est louable mais les évènements récents dans la vallée de l'Omo nuisent de façon inacceptable aux droits et au mode de vie des populations locales", a estimé le responsable de HRW pour l'Afrique, Ben Rawlence.

"Nous nous soucions du bien-être de ces populations, il ne s'agit pas de détruire leur héritage culturel, tout au contraire", a réagi M. Bereket. HRW "veut que nous restions pauvres, et je me demande comment ces gens peuvent se dire humanitaires alors qu'ils s'opposent à chacune de nos initiatives au profit de notre population".

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