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Le président soudanais annonce des mesures d'austérité, heurts à Khartoum

18/06/2012 09:58 EDT | Actualisé 18/08/2012 05:12 EDT

Le président Omar el-Béchir a annoncé lundi une série de mesures d'austérité destinées à soutenir une économie exsangue, alors que de nouveaux heurts ont eu lieu à Khartoum entre la police et des manifestants dénonçant la hausse du coût de la vie.

"Nous essayons de combler le fossé entre les recettes et les dépenses", a expliqué le président Béchir devant le Parlement.

"Nous avons décidé d'augmenter les impôts et de supprimer 100 postes au gouvernement fédéral et 200 dans les gouvernements locaux. Et nous allons supprimer les subventions aux carburants progressivement", a-t-il ajouté, parlant aussi d'une réduction des salaires de responsables.

Le ministre des Finances, Ali Mahmoud al-Rasoul, doit fournir les détails des mesures d'austérité en annonçant le nouveau budget au Parlement mercredi, a dit le président.

Alors que M. Béchir faisait ces annonces, des étudiants manifestaient devant l'Université de Khartoum jetant des pierres sur la police anti-émeutes, qui a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, selon un journaliste de l'AFP.

C'est la troisième fois ces derniers jours que des manifestations sont organisées hors de l'enceinte de l'université, dans le centre de la capitale, les étudiants scandant des slogans contre le régime et dénonçant une hausse importante des prix des denrées alimentaires.

Dans le nord de Khartoum, sur l'autre rive du Nil Bleu, des témoins ont fait état d'un rassemblement au cours duquel des manifestants ont brûlé des pneus et scandé: "Nous ne serons pas gouvernés par un dictateur" ou "Khartoum, soulève-toi! Soulève-toi!"

Les forces anti-émeutes sont intervenues pour disperser les manifestants à coups de matraque.

Une autre manifestation a eu lieu à l'université Ahlia, dans la ville jumelle de Omdurman, où des centaines d'étudiants criaient: "Le peuple veut un changement de régime", selon des témoins. Là encore, les forces de l'ordre les ont dispersés par la force.

Des médias d'Etat ont rapporté que sept manifestants avaient été arrêtés dimanche dans des circonstances similaires.

Dans un communiqué, la police a reproché aux contestataires de chercher à porter atteinte à la sécurité, indiquant avoir arrêté un nombre non précisé d'étudiants "qui tentaient de semer le trouble et d'attaquer des propriétés civiles".

Un groupe pro-démocratie, Sudan Change Now, a accusé le gouvernement de "crimes haineux", affirmant que des policiers et des agents de sécurité en civil avaient été violents envers les manifestants "qui n'avaient pas connu une telle brutalité depuis des années".

"La situation économique qui se détériore est l'un des nombreux exemples de la mauvaise gestion et de la corruption du Congrès national populaire (NCP, au pouvoir) alors que ça fait bientôt 23 ans qu'il dirige de pays", indique cette association dans un communiqué.

Le Soudan, qui a perdu les trois-quarts de ses revenus pétroliers avec la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011, a vu ses réserves de change fondre et sa monnaie s'effondrer.

Dans ce contexte, l'inflation atteint des sommets: +28,5% en avril et +30,4% en mai selon des chiffres officiels.

Des analystes et certains dirigeants au sein même du NCP ont mis en garde contre la suspension des subventions pour le carburant, étant donné les prix déjà élevés et le fait que les pauvres en seraient les plus affectés.

Dans son discours, le président Béchir a admis que cette mesure affecterait "particulièrement les pauvres", mais il a souligné qu'elle était nécessaire.

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