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Égypte: les Frères musulmans revendiquent la victoire à la présidentielle

18/06/2012 07:18 EDT | Actualisé 18/08/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Les militaires qui dirigent l'Égypte depuis la chute de l'ex-président Hosni Moubarak ont réaffirmé lundi leur engagement à transmettre le pouvoir comme prévu au président élu d'ici la fin du mois de juin. Les Frères musulmans ont revendiqué la victoire de leur candidat Mohammed Morsi, même si les résultats officiels ne seront proclamés que jeudi.

L'un des membres du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute de Moubarak, le général Mohammed al-Assar, a déclaré lors d'une conférence de presse télévisée qu'une «grande cérémonie» marquerait la passation de pouvoirs, à une date non précisée.

«Nous ne nous lasserons jamais d'assurer à chacun que nous remettrons le pouvoir avant la fin du mois de juin», a-t-il affirmé. Le prochain président pourra nommer et récuser le gouvernement et les militaires n'entendent pas lui enlever ses prérogatives, a-t-il promis. Mais juste après la fermeture des bureaux de vote dimanche soir, le CSFA a rendu publique une déclaration constitutionnelle limitant les pouvoirs du futur chef d'État.

Les militaires ont déjà repris la responsabilité du pouvoir législatif après la dissolution du Parlement le 14 juin par le Conseil suprême constitutionnel, ce qui a entraîné la disparition de l'assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution.

Les Frères musulmans, principale force politique du pays, se retrouvent ainsi privés de leur représentation parlementaire, après avoir obtenu près de la moitié des sièges de députés aux élections législatives. La confrérie et d'autres responsables de l'opposition ont dénoncé «un coup d'État contre le processus démocratique».

Soucieux de ne pas être écartés du jeu, les Frères musulmans n'ont pas attendu la proclamation officielle des résultats pour revendiquer la victoire de Mohammed Morsi face à Ahmed Shafiq, le dernier premier ministre de Moubarak considéré par ses détracteurs comme le candidat de l'armée.

Selon un décompte réalisé par les Frères musulmans à partir de chiffres provenant de plus de 10 000 bureaux de vote, Mohammed Morsi obtiendrait 51,8 pour cent des suffrages, contre 48,1 pour cent à Ahmed Shafiq. L'équipe de M. Shafiq a aussitôt contesté ces résultats, accusant Mohammed Morsi de tenter d'«usurper» la présidence.

Lors du premier tour de la présidentielle le mois dernier, les estimations des Frères musulmans se sont globalement révélées fiables.

Dans son discours de victoire, Mohammed Morsi, a pris soin de se présenter comme le candidat de tous les Égyptiens, «de toutes les factions politiques, des musulmans et des chrétiens».

Il s'est prononcé pour un «État égyptien civil, national, démocratique, constitutionnel et moderne», sans parler de loi islamique. Malgré des années de répression sous l'ère Moubarak, les Frères musulmans ne cherchent pas à «prendre une revanche ou à régler des comptes», a-t-il assuré.

Le Mouvement du 6-Avril, l'une des organisations à l'origine du soulèvement populaire contre Hosni Moubarak, a félicité les Frères musulmans, dont les partisans ont laissé éclater leur joie sur l'emblématique place Tahrir du Caire.

«La prochaine étape, la plus difficile, sera de faire face aux militaires», a estimé Ahmed Maher, l'un des fondateurs du Mouvement du 6-Avril. La police militaire et les services de renseignement sont de nouveau autorisés à arrêter des civils, en vertu d'une disposition qui avait disparu avec l'expiration de l'état d'urgence, à la fin du mois de mai.

Les militaires conservent pour le moment le pouvoir législatif et le contrôle du budget. La rédaction de la future Constitution sera confiée à une commission de 100 membres nommée par les généraux, qui se réservent un droit de regard dans de vastes domaines dont la défense, la sécurité nationale et l'économie.

Les prochaines élections législatives n'interviendront pas avant l'adoption d'une nouvelle Constitution, ce qui pourrait prendre des mois. Le CSFA, dont la composition ne pourra être modifiée, pourra contester n'importe quel article de la future loi fondamentale. C'est la Cour suprême constitutionnelle, dont les membres ont été nommés durant l'ère Moubarak, qui tranchera en dernier ressort.

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