NOUVELLES

Egypte: les islamistes revendiquent la présidence, affaiblie par l'armée

18/06/2012 04:37 EDT | Actualisé 17/08/2012 05:12 EDT

Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi a revendiqué lundi la victoire à l'élection présidentielle en Egypte peu après la décision de l'armée de s'octroyer de vastes prérogatives, dénoncée comme un "coup d'Etat" par les opposants au pouvoir militaire.

Mais le camp de son rival Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, a assuré qu'il était en tête dans les résultats provisoires du scrutin qui s'est achevé dimanche soir, en accusant les islamistes de chercher à "voler" la présidence.

Le site internet du quotidien gouvernemental al-Ahram donnait pour sa part une courte avance de 51% à M. Morsi.

Sa victoire, si elle est confirmée, porterait pour la première fois un islamiste à la tête du pays le plus peuplé du monde arabe, avec près de 82 millions d'habitants.

Cette présidentielle qui a profondément divisé le pays et fait redouter de nouvelles tensions était la première depuis la chute en février 2011 de Hosni Moubarak.

Le futur président, quel qu'il soit, disposera d'une marge de manoeuvre très réduite face aux militaires qui dirigent le pays depuis le départ de M. Moubarak, qui se sont attribués de vastes pouvoirs peu avant la fermeture des bureaux de vote.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a confirmé lundi sa volonté de remettre l'exécutif au futur président avant la fin du mois, tout en gardant le pouvoir législatif et en contrôlant d'autres verrous institutionnels au nom de "l'équilibre des pouvoirs".

Dimanche soir, il avait annoncé dans une "Déclaration constitutionnelle amendée" qu'il exercerait le pouvoir législatif jusqu'à l'élection d'une nouvelle Assemblée du peuple, la chambre des députés dominée par les Frères musulmans ayant été dissoute en application d'un arrêt de la Haute cour constitutionnelle pour un vice juridique dans la loi électorale.

Les Frères musulmans se sont vivement opposés à la décision de l'armée, en affirmant que l'Assemblée du peuple restait valide et gardait le pouvoir législatif. Le Conseil militaire "n'a pas le pouvoir de dissoudre l'Assemblée", ont-ils insisté.

Ils ont en outre annoncé qu'ils participeraient aux manifestations "contre le coup constitutionnel et la dissolution du Parlement" auxquelles ont appelé des militants pro-démocratie à partir de mardi.

La Coalition des jeunes de la révolution, qui regroupe plusieurs mouvements à l'origine de la révolte anti-Moubarak, a dénoncé un "coup anticonstitutionnel" des militaires, qui "ne reconnaîtront jamais une volonté populaire qui puisse les contredire".

Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans présidé par M. Morsi, a proclamé sur son compte Twitter qu'il était "le premier président de la République élu par le peuple".

Selon son QG de campagne, M. Morsi, un ingénieur de 60 ans, a obtenu 52% des voix contre 48% pour M. Chafiq, un chiffre encore non officiel mais cité par la télévision d'Etat.

M. Morsi s'est engagé dans une allocution à travailler "main dans la main avec les Egyptiens pour un avenir meilleur, pour la liberté, la démocratie et la paix". Il a aussi promis de "servir tous les Egyptiens" quelle que soit leur obédience politique ou religieuse.

L'annonce de cette victoire a aussitôt été rejetée par le camp de M. Chafiq, un général à la retraite de 70 ans considéré comme le candidat de l'armée.

"C'est un acte de piraterie de revendiquer une victoire en utilisant des chiffres totalement faux", a déclaré à la presse Ahmad Sarhan, un responsable de la campagne de M. Chafiq, qui aurait obtenu selon lui 51 à 52% des voix sur la base de chiffres provisoires.

Les résultats officiels doivent être annoncés jeudi par la Commission électorale.

Ces tensions et incertitudes politiques ont pesé sur la Bourse du Caire, qui a perdu 3,42% en clôture lundi.

Les Etats-Unis se sont dits lundi "profondément inquiets" des prérogatives que s'est attribuées la junte militaire égyptienne.

Washington attend du CSFA qu'il transfère "l'intégralité du pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu, comme le CSFA l'avait auparavant annoncé", a déclaré le porte-parole du ministère américain de la Défense, George Little.

L'Union européenne a salué de son côté "l'étape majeure" de l'élection présidentielle en Egypte mais a appelé au respect de la transition démocratique et estimé que la situation institutionnelle et légale devait être "clarifiée le plus vite possible" après la Déclaration de l'armée.

Cette Déclaration stipule en outre que le CSFA garde la haute main sur "tout ce qui relève des forces armées" et lui octroie un droit de veto sur tout article de la future Constitution qu'il estimerait "contraire aux intérêts suprêmes du pays".

Un juge respecté, Hossam al-Ghariani, a été désigné lundi à la tête de la commission chargée de rédiger la Constitution lors de la première réunion de l'instance, sur l'avenir de laquelle pèsent des doutes après l'annonce de la dissolution de l'Assemblée du peuple.

bur-iba/vl

PLUS:afp