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L'Egypte à l'abri d'un scénario à l'algérienne, selon des analystes

17/06/2012 12:58 EDT | Actualisé 17/08/2012 05:12 EDT

Le bras de fer opposant les Frères musulmans aux militaires en Egypte après la dissolution de l'Assemblée du peuple devrait rester confiné au champ politique, estiment des analystes, qui écartent un scénario de violences similaire à celui de l'Algérie dans les années 1990.

"J'exclus un scénario à l'algérienne", dit à l'AFP Mustapha Kamel al-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire.

"C'était un autre contexte" en Algérie, où l'annulation par les autorités des législatives remportées par les islamistes en 1991 avait provoqué une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de victimes civiles.

"Il y avait à l'époque une violence des deux camps en Algérie. Quant à l'Egypte, il n'y a pour le moment que des menaces de recours à la violence restée au stade de déclarations", ajoute M. al-Sayyed.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis la chute du président Hosni Moubarak en février 2011, a annoncé samedi la dissolution de l'Assemblée, après une décision de justice déclarant illégale la loi ayant régi l'élection des députés.

La mesure a provoqué un tollé chez les Frères musulmans, qui avaient remporté près de la moitié des sièges lors du scrutin cet hiver.

"Les menaces constantes de dissoudre le Parlement élu par 30 millions d'Egyptiens et d'Egyptiennes confirment la volonté du Conseil militaire de s'emparer de tous les pouvoirs", a réagi le Parti de la liberté et de la justice (PLJ) dans un communiqué.

"La dissolution de l'Assemblée du peuple élue nécessite de revenir au peuple par le biais d'un référendum libre et transparent parce que la volonté du peuple ne peut être annulée que par la volonté du peuple", a-t-il ajouté.

Pour M. al-Sayyed, tout dépendra de l'issue de la présidentielle, dont le second tour s'achève dimanche soir, entre Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak et pur produit de l'appareil militaire, et Mohammed Morsi, haut responsable des Frères musulmans.

"Si Chafiq l'emporte, les partisans de la confrérie vont sûrement manifester, mais je pense qu'il va y avoir une contestation limitée, parfois violente, une sorte de message destiné à leur base, avant que les frères musulmans n'adaptent leur stratégie à la nouvelle donne", selon M. al-Sayyed.

Dans le cas contraire, une nouvelle ère devrait s'ouvrir entre le pouvoir militaire et M. Morsi, qui verrait ses prérogatives limitées tant que le pouvoir législatif restera aux mains des militaires, ajoute-t-il.

Des sources militaires ont indiqué dimanche qu'en l'absence de Parlement constitué, le pouvoir législatif et le contrôle des finances publiques revenaient à l'armée, en attendant de nouvelles élections.

"Beaucoup s'attendent à ce que (ces nouvelles élections) conduisent à un Parlement très différent. Cela permettra à l'institution militaire d'imposer la forme de son rôle dans le nouveau régime", estime le commentateur politique Hassan Nafaa au quotidien Al-Masri Al-Yom.

Pourtant, Ibrahim al-Houdaibi, spécialiste des groupes islamistes, exclut lui aussi une issue violente au duel entre armée et Frères musulmans.

"Les Frères vont utiliser une stratégie de pressions pour gagner des positions avant de finalement adapter leur politique" à celle des militaires, affirme-t-il.

Selon lui, les Frères ont "commis des erreurs durant la période de transition et ont du mal à pouvoir mobiliser encore des troupes".

Opposés au départ à une candidature à la présidentielle, les islamistes se sont ravisés en cours de route. Majoritaires au Parlement, ils ont imposé leur monopole sur la commission constituante aujourd'hui dissoute, ce qui a exaspéré le reste des composantes de la société, explique le chercheur.

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