PARIS - Le président socialiste François Hollande a obtenu dimanche une majorité absolue au second tour des élections législatives en France qui le place dans des conditions favorables pour appliquer son programme mais aussi affronter dès lundi l'aggravation de la crise de l'euro.

Selon les premières projections des instituts de sondages Sofres et CSA, le Parti socialiste (PS) et ses alliés de gauche raflent entre 312 et 326 sièges sur 577, soit largement plus que la majorité absolue (289). Le PS pourra donc se dispenser du soutien des Verts (entre 18 et 24 sièges) et de la gauche radicale (entre 9 et 11 sièges).

Le parti conservateur UMP et ses alliés ont obtenu entre 212 et 234 sièges.

L'extrême droite fait pour sa part son retour dans la chambre basse avec 1 à 4 sièges, mais pas la dirigeante du Front national Marine Le Pen.

Le taux d'abstention a été très fort pour ce scrutin législatif, atteignant un record pour ce type d'élection, autour de 44%, selon des sondages.

Près d'un mois et demi après avoir battu Nicolas Sarkozy et ramené la gauche à l'Elysée après 17 ans d'absence, François Hollande aura donc les mains libres pour appliquer son programme, de la réforme fiscale au redressement industriel.

Cette majorité absolue le dispense surtout de devoir composer avec le Front de gauche (gauche radicale) aux positions éloignées sur l'Europe et l'économie. C'était l'un des principaux enjeux du scrutin.

La dirigeante du PS Martine Aubry a remercié les Français de cette confiance". Elle "nous oblige et nous honore. C'est pour nous un devoir de réussir", a-t-elle dit.

"Cette nouvelle majorité solide et large va nous permettre de faire voter les lois du changement et nous confère de grandes responsabilités en France et en Europe", a commenté le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Le gouvernement pourra ainsi mettre en oeuvre ses promesses de campagne, mais aussi prendre les mesures impopulaires qui risquent de s'imposer pour respecter l'engagement de la France de ramener son déficit public au-dessous de 3% du PIB en 2013.

A droite, l'ancien chef de la diplomatie Alain Juppé a reconnu une "défaite nette" de son camp.

Alors que les socialistes disposaient déjà de la majorité au Sénat, dans la plupart des régions et des grandes villes, le dirigeant du parti conservateur, Jean-François Copé, n'avait cessé avant le scrutin d'exhorter les électeurs à ne pas mettre tous les pouvoirs entre leurs mains "car le coût à payer serait tragique pour le pays".

Depuis des mois, la droite agite le spectre d'une faillite de l'Etat comme en Grèce où, coïncidence de calendrier, les électeurs ont aussi voté dimanche pour décider de leur avenir dans l'euro. Les premiers résultats y étaient très incertains.

Dès lundi, le président Hollande participera à un sommet du G20 au Mexique, qui promet d'être dominé par la crise en zone euro, avant de poursuivre notamment avec la chancelière allemande Angela Merkel de délicates discussions sur la rigueur budgétaire et la croissance. Elles doivent préparer un sommet européen décisif programmé les 28 et 29 juin.

Fort de son score historique à la présidentielle (17,9%) et de ses 13,6% au premier tour des législatives, l'extrême droite fait aussi son retour à l'Assemblée nationale, dont elle était absente depuis 1998, avec une poignée d'élus.

Mais la dirigeante du Front national Marine Le Pen a été battue de "quelques voix d'avance" selon son adversaire socialiste Philippe Kemel dans sa place forte de Hénin-Beaumont (nord).

Au-delà du duel gauche/droite, une circonscription attirait particulièrement l'attention: celle de La Rochelle (ouest) où Ségolène Royal, ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007 et ex-compagne de François Hollande, a été sévèrement battue par un dissident du PS (58/42 %). Visiblement atteinte, elle a dénoncé une "trahison".

Le destin politique en berne de la mère des quatre enfants du président a pris un tour sentimental entre les deux tours quand l'actuelle compagne du chef de l'Etat, Valérie Trierweiler, a apporté sur Twitter son soutien à son adversaire. L'affaire a provoqué la stupeur et constitué le premier couac dans la présidence que François Hollande veut "normale".

Le centriste François Bayrou, ex-troisième homme de la présidentielle en 2007, a également été battu à Pau (sud-ouest).

A peine élue, l'Assemblée sera convoquée en session extraordinaire dès début juillet pour lancer les premières réformes. Un ajustement dans la composition du gouvernement de Jean-Marc Ayrault devrait aussi intervenir dans la courant de la semaine qui s'ouvre.