Des flots de supporteurs polonais et tchèques vêtus des maillots aux couleurs nationales et équipés de drapeaux, de trompettes et... de bière, ont envahi samedi Wroclaw dans une ambiance de fiesta, avant le match crucial du groupe A de l'Euro-2012 de football.
"Nous allons gagner aujourd'hui", crie inlassablement un groupe de supporteurs tchèques, sur le "Rynek", la très belle place centrale de la métropole de Silésie.
"J'attends avec impatience ce match, ce sera une belle bagarre", avance Roman Skopek, 45 ans, visage bariolé du bleu-rouge-blanc tchèque.
Le coup d'envoi est prévu à 20H45 (18H45 GMT). L'équipe victorieuse sera qualifiée pour les quarts de finale. Les Tchèques peuvent se contenter d'un nul si la Grèce ne l'emporte pas face à la Russie à Varsovie.
"Mon pronostic? (Robert) Lewandowski va marquer trois fois et le match se soldera par un nul 2-2", assure Roman, ajoutant en riant que l'attaquant polonais "va inscrire l'un de ces buts contre son camp".
A l'intérieur de l'immense fanzone équipée d'écrans géants sur le Rynek, Oldrich Duchacek, de Nachod, ville proche de la frontière polonaise, savoure une atmosphère électrisante mais empreinte d'amitié.
"Je suis venu tôt ce matin en car, je repars demain matin", confie ce fidèle supporteur qui accompagne l'équipe tchèque aux grands tournois depuis la chute du rideau de fer en 1989.
"Je ne vais pas dormir cette nuit. Soit, je vais fêter notre victoire, soit je vais fêter avec les Polonais. Sincèrement, nous sommes voisins, frères", dit-il, sans cacher ses craintes concernant l'équipe de Pologne, "très motivée car elle joue à domicile".
Sur la terrasse d'un petit café, un autre groupe entonne l'hymne national tchèque "Où est ma patrie?".
La République tchèque se trouve à un jet de pierre de... Wroclaw!
Et les supporteurs se sentent ici comme chez eux d'autant que sur les armoiries de Wroclaw, sous domination de la couronne de Bohême pendant deux siècles à partir de 1335, figure un lion, exactement le même que celui représenté sur les maillots de la sélection tchèque.
Pour rallier la quatrième ville polonaise, des centaines de Tchèques ont profité des trains spéciaux. Un express en provenance de Prague baptisé "Jan Berger", du nom d'un ancien international, était attendu à Wroclaw dans l'après-midi, un autre viendra de Brno, un peu plus tard.
Dans une petite rue du centre ville, Tchèques et Polonais se partagent les tables de la terrasse du café "Czeski film" (Film tchèque).
"Pologne, Pologne, les rouges-blancs!", scandent les supporteurs polonais, arborant deux drapeaux rouge-blanc géants de leur pays.
"Les Tchèques? On les aime comme nos frères, mais ce soir, pas de place à la fraternité", rit Pawel.
"Nous allons gagner, aucun autre résultat n'entre en ligne de compte", assure le quinquagénaire Dariusz Kunecki, supporteur de la Pologne depuis son enfance.
"Nos buts? Marqués par Robert Lewandowski et Jakub Blaszczykowski", assure-t-il.
Dans ce café très apprécié des étudiants, nulle mention d'un chef d'oeuvre de Milos Forman ou Jiri Menzel. Le nom Film tchèque fait reférence à un dicton local utilisé pour décrire une chose complexe, voire incompréhensible: "c'est comme dans un film tchèque".
Les Tchèques utilisent dans le même contexte un dicton différent qui étonnerait sans doute le pays champion d'Europe et du monde en titre: "c'est un village espagnol".
Mais à Czeski film, supporteurs polonais et tchèques ne semblaient pas se soucier samedi de dictons et buvaient en plein accord... comme des Polonais.
jma/ea/sk


AFPQC | Par AFP Publication: 16/06/2012 09:11 Mis à jour: 16/06/2012 10:17