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Dans le delta du Nil, les islamistes face aux anciens réseaux de Moubarak

16/06/2012 09:45 EDT | Actualisé 16/08/2012 05:12 EDT

Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi fait le "V" de la victoire en attendant de voter, mais la conquête de la présidence s'annonce redoutable face à l'appareil de l'ancien régime qui s'active pour son rival Ahmad Chafiq, un baron de l'ère Moubarak.

"Je me sens très bien, la révolution continue", lance le candidat islamiste aux supporters qui se bousculent autour de lui dans le bureau de vote de Zagazig, dont il est originaire, dans le delta du Nil.

Mais, aux abords de la salle, l'ambiance est tout autre. Les hommes du Parti national démocrate (PND) de M. Moubarak, interdit après sa chute mais aux réseaux toujours en place, sont eux aussi à la manoeuvre.

Et même certains partisans de M. Morsi confessent à mi-mots redouter une victoire de son rival lors du second tour de la présidentielle qui s'est ouvert samedi pour deux jours.

Au désespoir des islamistes, la province de Charqiya et sa capitale Zagazig ont placé Ahmad Chafiq en tête lors du premier tour, alors que les Frères musulmans considèrent le delta du Nil comme un de leurs bastions.

"Il y a eu trucage", estime Ahmed Chehata, un député des Frères dans le Parlement à majorité islamiste qui vient d'être révoqué par la Cour constitutionnelle quelques mois après son élection pour un vice juridique dans la loi électorale.

M. Chehata accuse les partisans de M. Chafiq d'acheter les voix des électeurs. Mais à l'extérieur du bureau de vote, une femme et un jeune homme qui tiennent une échoppe affirment voter librement pour M. Chafiq.

"Les Frères musulmans sont un gang", déclare le jeune homme, en refusant de donner son nom.

"Des Egyptiens ordinaires qui ont voté pour les Frères lors des législatives parce que ces derniers se réclament de Dieu ont fini par comprendre qu'ils n'avaient que des intérêts égoïstes", juge un électeur, Omar Azaz.

Nombre d'Egyptiens reprochent aux Frères musulmans un maigre bilan parlementaire, alors qu'ils étaient en force à l'Assemblée. Ils leur reprochent aussi d'avoir rompu leur promesse initiale de ne pas chercher à briguer la présidence, en présentant finalement un candidat.

Outre ces critiques politiques, le puissant réseau militant de la confrérie doit aussi se battre sur le terrain contre l'appareil de l'ex-PND, bien décidé à prendre sa revanche après des mois de purgatoire.

Ses cadres ont fondé un nouveau parti, Masr al-Qawmiya (L'Egypte nationaliste), dont le bureau local, au deuxième étage d'un immeuble, a vue sur la file des électeurs.

"Dans chaque village, dans chaque quartier, le PND avait le soutien de notables, de chefs de familles", affirme l'un des responsables de la section locale du nouveau parti, Abdel Daim Abdel Halim.

Le piètre travail parlementaire des Frères serait à l'origine de leurs difficultés pour la présidentielle, assure-t-il. "Ils n'ont pas rassuré les citoyens", alors que M. Chafiq "a un message simple de retour à la stabilité, à la sécurité et à une vie meilleure", ajoute-t-il.

Le secrétaire général du parti, Maghawri Chehata, affirme que l'engouement pour M. Chafiq a redonné confiance aux anciens cadres du PND.

"Nous sentons la fin de l'humiliation. Nous étions considérés comme des traîtres, mais nous sommes des gens qui aimons notre pays. Nous ne savions plus comment nous défendre", explique-t-il dans un entretien téléphonique.

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