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Clichés antisémites, nationalisme et marketing provoc font polémique à Lviv

16/06/2012 12:38 EDT | Actualisé 16/08/2012 05:12 EDT

Stéréotypes antisémites ou provocation marketing? A Lviv, une ville ukrainienne (ouest) où ont afflué des milliers de spectateurs de l'Euro-2012, deux restaurants consacrés l'un à la mémoire de la communauté juive et l'autre à l'insurrection nationaliste ukrainienne font polémique.

"Sous la Rose d'or" est un établissement situé dans le quartier juif historique et jouxte les ruines d'une ancienne synagogue, achevée en 1595 et détruite en 1942 les Nazis, qui ont quasiment exterminé l'importante communauté juive locale.

Un projet de mémorial y attend depuis des années sa première pierre.

"Shalom" en guise de bienvenue et musique klezmer. Le menu, qui contient un texte retraçant la longue histoire des Juifs à Lviv et mentionne la Shoah, n'affiche aucun prix, "parce que les Juifs aiment bien marchander", explique la manager, Iouliana Kozak.

On propose également aux clients qui le souhaitent de coiffer chapeau et papillotes (longues mèches de cheveux torsadées) à la manière de certaines communautés orthodoxes du judaïsme, pour des photos souvenirs.

Le marchandage est "un stéréotype antisémite bien connu toujours en cours en Europe de l'Est", a accusé le 6 juin le Centre Simon-Wiesenthal, organisation non-gouvernementale de lutte contre l'antisémitisme.

"Ce n'est pas très sympathique pour nous, mais ils font ça pour leurs affaires, et nous sommes en démocratie. Ce n'est pas vraiment notre problème", dit pour sa part Sarah Bolt, l'épouse du rabbin de l'unique synagogue ayant survécu au carnage nazi à Lviv.

Le bar-restaurant Kryïvka ("local clandestin" en ukrainien) est pour sa part à la gloire de l'Armée insurrectionnelle d'Ukraine (UPA), dont les combattants sont considérés comme des héros dans ce bastion nationaliste de l'ouest de l'Ukraine, mais aussi accusés de collaboration avec les Nazis.

Le contexte historique : dans les années 1920-30, Lviv fait partie de la Pologne qui réprime les nationalistes ukrainiens. En 1939, les Soviétiques chassent les Polonais puis répriment à leur tour la population locale, avant d'être repoussés par les Nazis. Formée en 1942, l'UPA salue d'abord l'arrivée des Allemands, perçus comme des libérateurs, avant, selon une commission d'historiens ukrainiens, de leur déclarer la guerre.

"En se rendant dans ces restaurants, les supporters de football soutiendront sans le vouloir les éléments les plus extrêmes et dangereux de la société ukrainienne et insulteront la mémoire de dizaines de milliers de victimes tuées à Lviv par les Nazis et leurs collaborateurs ukrainiens", estime néanmoins le Centre Wiesenthal.

Les deux établissements appartiennent au groupe !Fest, qui possède au total quinze restaurants conceptuels assez populaires à Lviv, et rejette tout antisémitisme.

Concernant La Rose d'or, "nous avons étudié l'histoire des Juifs de Lviv pendant trois mois et travaillé avec la principale organisation juive de la ville, qui était d'accord avec notre projet", se défend Andriy Khudo, un des trois associés du groupe.

"Nous utilisons peut-être des stéréotypes, mais cela plaît à nos clients. Et les Ukrainiens aussi aiment marchander. Cela n'a rien d'offensant", ajoute-t-il.

Le restaurant nationaliste contient notamment une référence polémique, soulevée par l'historien Vasyl Rasevych, avec le "lard casher à la mode Haydamaky".

"C'est le nom d'un groupe anticatholique et antisémite, et c'est une insulte aux Juifs", souligne ce professeur à l'Académie nationale ukrainienne des sciences.

Andriy Khudo pour sa part assume ce "marketing de la provocation" : "ça favorise le bouche-à-oreille", dit-il.

L'adjoint au maire Vasyl Kossiv ne souhaite pas s'en mêler. "Toute simplification de l'histoire, comme ils le font avec l'UPA, est malsaine", dit-il. Mais "si l'on faisait pression sur eux, ce serait la meilleure des publicités", estime ce responsable.

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