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Au second tour, les Egyptiens choisissent "le moins pire" des candidats

16/06/2012 07:43 EDT | Actualisé 16/08/2012 05:12 EDT

Il n'est pas encore neuf heures du matin mais la chaleur est déjà écrasante et Omneya Amer, en sueur, attend de voter pour "le moins pire" des candidats au second tour de la présidentielle égyptienne.

Voile blanc et gris, lunettes de soleil, cette enseignante de 42 ans explique qu'elle va donner sa voix au Frère musulman Mohammed Morsi, parce qu'elle ne peut supporter l'idée de voter pour Ahmad Chafiq, le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak.

"Nous choisissons Morsi parce que nous ne voulons pas voter Chafiq", dit-elle en tamponnant la sueur sur son front, avec un regard frustré sur les dizaines de femmes qui attendent devant elle.

"Nous votons tous Morsi pour les mêmes raisons, c'est le moins pire. Ce n'est pas parce que nous aimons Morsi mais parce que nous détestons Chafiq. Il veut ramener l'ancien régime pourri et je suis complètement contre", ajoute-t-elle.

Mais non loin de là, une femme portant une croix au cou dit doucement: "Nous ne faisons pas +tous+ la même chose. Pour moi, Morsi et les Frères musulmans sont les pires. Je vote Chafiq", explique-t-elle, tout en préférant taire son nom.

A l'intérieur de ce bureau de vote réservé aux femmes dans le quartier de Manial au Caire, les esprits s'échauffent lorsque certaines accusent d'autres électrices de les dépasser dans la queue, tandis que des policiers exaspérés tentent de les calmer.

Après l'attente au soleil, c'est un soulagement de parvenir dans la salle de classe, où la Une d'un journal daté du lendemain de la chute de Hosni Moubarak en février 2011 trône sur un mur.

Chacune échange sa carte d'identité contre un bulletin de vote, mais plusieurs électeurs sont venus avec leur propre stylo, des rumeurs ayant circulé sur le fait que l'encre des stylos des bureaux de vote disparaîtrait au bout de quelques heures.

"Ne vous inquiétez pas, il n'y a pas de problème avec les stylos, je vous le promets!", crie une observatrice en secouant la tête, avant d'expliquer à une énième électrice qu'elle doit utiliser le stylo du bureau de vote et pas celui qu'elle a apporté.

Une religieuse chrétienne avance pour mettre son bulletin dans l'urne après l'avoir soigneusement plié. Derrière elle, une femme en niqab soulève le voile qui recouvre son visage pour être identifiée par la juge chargée du bureau de vote.

La juge taquine une électrice qui hésite à enduire son doigt d'encre indélébile. "Vous avez attendu tout ce temps au soleil et vous avez peur d'un peu d'encre!", lui lance-t-elle en riant.

Une fois dehors, Nesrine al-Abd, jean serré et lunettes à la mode, reconnaît que voter cette fois-ci "était un peu bizarre".

"Je suis un peu confuse par rapport aux candidats mais nous devons choisir, alors j'ai choisi Morsi, parce que je sens que Chafiq a accepté toutes les choses qui ont été faites avant la révolution", dit-elle.

"Mais personne ne choisit le candidat qu'il aime bien. On choisit celui avec lequel on peut vivre. Pour moi, c'est Morsi mais mes parents ont voté Chafiq. Ils ne l'aiment pas mais ils ont peur des Frères musulmans", ajoute-t-elle.

Une autre électrice, Nancy Abdel Moneim dit elle aussi avoir des sentiments mitigés: "Je suis avec la révolution, alors j'ai voté pour Morsi... Mais franchement j'ai peur des deux, alors j'ai choisi celui dont j'ai le moins peur", explique-t-elle en ajustant nerveusement son voile.

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