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Tunisie: les artistes, victimes de violences, dénoncent une "manipulation"

15/06/2012 12:19 EDT | Actualisé 15/08/2012 05:12 EDT

Des artistes tunisiens réunis à l'appel du syndicat des Arts plastiques ont dénoncé vendredi à Tunis une "vaste manipulation" tendant à les rendre responsables des récentes violences et annoncé leur intention de porter plainte contre le ministre de la Culture.

"Nous allons porter plainte contre le ministre de la Culture. Par ses propos, il a mis en danger les artistes, qui sont en réalité les vraies victimes des violences. Des oeuvres ont été détruites et des vies sont menacées", a déclaré Amor Ghdamsi, secrétaire général du syndicat des Arts plastiques lors d'une conférence de presse.

Dimanche soir, l'exposition "Le Printemps des Arts", qui s'était ouverte le 2 juin et venait de s'achever au palais Abdellia de la Marsa, banlieue aisée de Tunis, a été vandalisée. Plusieurs oeuvres, dénoncées par les réseaux salafistes comme impies et attentatoires "aux valeurs du sacré", ont été lacérées ou brûlées.

Quelques heures plus tard, des émeutes commençaient dans plusieurs villes de Tunisie, faisant au total un mort et une centaine de blessés. Le gouvernement a condamné les violences, attribuées à des extrémistes salafistes et des délinquants.

Le ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, a mis en cause des "provocations artistiques" et annoncé son intention de porter plainte contre les organisateurs de l'exposition.

Amor Ghdamsi a dénoncé une "vaste manipulation": il a expliqué que des appels à la vengeance contre les artistes avaient été nourris par la circulation sur les réseaux sociaux de reproduction d'oeuvres "qui n'ont jamais fait partie du Printemps des Arts".

Ainsi, un tableau représentant un bouraq (cheval ailé) portant un personnage symbolisant Mahomet au-dessus d'une Kaaba miniature -- image blasphématoire car l'islam proscrit toute représentation de Dieu ou du prophète -- a été présenté sur Facebook comme faisant partie de l'exposition, a-t-il dit, alors que "cette oeuvre est actuellement exposée au Sénégal".

Il a aussi présenté certaines oeuvres du Printemps des Arts qui avaient fait scandale, reconnaissant qu'elles pouvaient choquer mais affirmant qu'elle n'étaient "en aucun cas une atteinte au sacré": ainsi des fourmis -- "des créatures de Dieu, travailleuses et persévérantes", a-t-il souligné dans un sourire -- sortant du cartable d'un enfant et traçant le nom d'Allah.

Plusieurs artistes ont appelé le ministre de la Culture à la démission, dénonçant sa position comme "indigne", "inacceptable" et "honteuse".

Dans l'après-midi, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a exprimé "ses plus vives préoccupations face à la recrudescence des actes de harcèlement voire des appels au meurtre intervenus ces dernières semaines contre des artistes, des militant-e-s des droits humains, députés et syndicalistes qualifiés de mécréants et apostats", dans un communiqué.

L'ONG "prend bonne note" de la dénonciation des violences par les autorités mais regrette leur "condamnation" de ce qu'elles "considèrent comme des atteintes au sacré".

La FIDH, qui condamne fermement les violences des derniers jours, s'inquiète "d'autant plus qu'elles surviennent deux jours après l'appel lancé aux Tunisiens par le chef d'Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, pour que l'application de la charia soit imposée en Tunisie".

sb/hba

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