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L'opposante birmane Aung San Suu Kyi à Oslo pour recevoir son prix Nobel

15/06/2012 04:41 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

OSLO - Il aura fallu plus de 20 ans et des difficultés impondérables avant que l'opposante birmane Aug San Suu Kyi monte sur la tribune réservée aux lauréats du prix Nobel de la paix à Oslo. L'ancienne prisonnière politique aura finalement la chance, samedi, de recevoir le prix Nobel qui lui a été décerné en 1991 et de prononcer un discours longuement attendu.

Aung San Suu Kyi est arrivée en Norvège vendredi soir afin d'y recevoir l'un des plus grand honneurs du monde. Samedi, l'opposante âgée de 66 ans devrait remercier le comité Nobel et le peuple de Norvège pour le prix qui lui a été attribué alors qu'elle commençait une longue période d'assignation à résidence dans son pays. À l'époque, elle n'avait pas voulu quitter la Birmanie de crainte de ne pas être autorisée à y revenir par la junte au pouvoir.

Les dirigeants norvégiens et des artistes ont offert un accueil chaleureux à Mme Suu Kyi vendredi lors de son arrivée à Oslo en provenance de la Suisse. Sa tournée européenne, sa première depuis 1988, doit également la mener en Irlande, au Royaume-Uni et en France.

Le premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, l'a invitée à sa résidence officielle pour des discussions. Ils ont ensuite participé à un dîner d'État au coucher du soleil dans un château médiéval qui surplombe le port d'Oslo. Le roi Harald et la reine Sonja faisaient partie des invités.

«Vous avez consacré votre vie à la lutte pour la démocratie dans votre pays et vous êtes une source d'inspiration pour nous tous», a déclaré le premier ministre à Mme Suu Kyi lors d'une conférence de presse commune.

«La nouvelle réalité politique de la Birmanie est remarquable. Vous avez été témoins de grands changements en moins d'un an. Votre présence ici à Oslo est une preuve que votre longue lutte pour la démocratie et la justice pour votre peuple a vraiment été fructueuse», a ajouté M. Stoltenberg.

L'opposante et lui ont admis que des efforts diplomatiques délicats et difficiles pourraient encore être nécessaires pour inciter le gouvernement du président Thein Sein, soutenu par les militaires, à céder le pouvoir au parti de Mme Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie.

«Nous ne sommes certainement pas au bout de la route, nous ne faisons que commencer», a dit Aung San Suu Kyi au sujet des efforts à faire afin de persuader les dirigeants militaires d'accepter la démocratie.

«Ce ne sera pas une route directe ni facile. Il y aura beaucoup de revirements et d'obstacles, mais nous allons devoir les négocier dans un esprit de réconciliation nationale», a ajouté Mme Suu Kyi.

Après son discours d'acceptation du prix Nobel samedi, Aung San Suu Kyi se rendra visiter une exposition du Centre Nobel de la paix qui retrace ses moments de désespoir, de détermination et de triomphe.

Sa visite «signifie beaucoup pour le peuple norvégien parce que nous l'admirons beaucoup et nous attendons depuis longtemps qu'elle vienne donner son discours du prix Nobel», a expliqué la directrice du centre, Bente Erichsen.

Aung San Suu Kyi s'est rendue à Oslo malgré son malaise de la veille à Berne, en Suisse, où elle a été prise de vomissements en pleine conférence de presse. Ses collaborateurs ont indiqué qu'elle souffrait d'épuisement et du décalage horaire.

L'opposante a expliqué jeudi soir qu'elle se sentait très fatiguée par son premier voyage en Europe depuis 24 ans. «Après avoir été enfermée si longtemps, j'ai des difficultés à m'adapter au décalage horaire», a-t-elle expliqué. Le dîner offert en son honneur par la présidente de la Confédération suisse, Eveline Widmer-Schlumpf, a été annulé.

Mme Suu Kyi a paru fatiguée vendredi lors de son arrivée à Oslo, mais elle n'a fait aucun commentaire sur son malaise de la veille.

Elle devrait passer trois jours à Oslo et à Bergen, une autre ville norvégienne, avant de se rendre dans la capitale irlandaise lundi pour un grand concert organisé en son honneur par le chanteur du groupe U2, Bono. Elle se rendra ensuite à l'université Oxford, au Royaume-Uni, où elle a étudié dans les années 1980 avant de devenir la voix de l'opposition en Birmanie. Elle achèvera sa tournée européenne en France à l'invitation du président François Hollande.

Plus tôt vendredi, Mme Suu Kyi a été ovationnée par les députés suisses lors de sa courte visite au Conseil national à Berne. Elle a aussi rencontré des responsables du gouvernement suisse et a été applaudie par des citoyens sr son parcours.

Questionnée par un journaliste norvégien quant à savoir si elle avait imaginé qu'elle se rendrait un jour à Oslo pour recevoir son prix Nobel, Aung San Suu Kyi a levé les sourcils en signe d'incrédulité et a fait un grand sourire.

«Oui, bien entendu, je l'ai toujours cru. C'est pourquoi j'ai toujours dit que la première fois que je me rendrais à l'étranger, ce serait pour aller en Norvège», a-t-elle dit. «Je n'en ai jamais douté. Et vous?»

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